‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 87 sur 135 · XXIV. Ce danger néanmoins, quoique détourné · texte numérisé non relu

XXIV. Ce danger néanmoins, quoique détourné

Il (1) On a coQtéqulrène avait fail baUre de verges CoDâlaotin, comme enfant à Ja Tois, et comme crimiiieL Constan Lin avait vingt atis» était marié, était empereur , couliDuail de l'être ; cela est al)6urde, elle Teùt tué bien plus tôt. Le meurtre n'eût pas été beaucoup plus coupable qu'un pareil outrage, et ne rcût pas exposée aux mêmes périls»

en révélait d'autres que le temps ne pouvait point affaiblir, qu'il multiplierait. au contraire et fortifierait. Le secret en était divulgué maintenant, Fempereur ne se résignait point à cette abdication muette qu'on lui imposait; il voulait régner, et pour de si justes et si profitables desseins , les princes trouvent toujours , ou de fidèles amis qui se dévouent , ou d'ambitieux serviteurs [qui les sollicitent. Irène ne s'abusait pas ; elle sentait tomber de ses mains cette absolue puissance où l'attachaient de plus en plus ses habitudes , ses passions , son génie, et que de fâcheux souvenirs rendaient peut-être nécessaires à sa sûreté (1). Elle cherdiait les moyens de la retenir, de se préserver, de reculer au moins cet infaillible avenir qui la menaçait, et dans l'inexpUcable confusion de ses volontés et de ses craintes, le seul expédient qui la satisfit fiit de corrompre l'armée. Étrange confiance, de fonder sa sécurité sur une fidélité qu'on altère pour l'obtenir, et qu'on n'obtient que trahie! Irène donc fil distribuer de grandes largesses aux soldats , d'abondantes grâces à leurs chefs, et quand la séduction eut porté ses fruits, quand le mépris de l'empereur eut fait assez de progrès, achevant ellemême et consommant l'œuvre, elle osa demander

(1) Od la soupçonnait d'avoir fait empoisonner son mari, Léoa Porphyrogénèle. Outre cela, Léon avait laissé quatre frères; Irène les avait contraints d'abord à se faire prêtres; ensuite elle avait fait brûler les yeux à l'aîné , et couper la langue aux trois autres.

à ses troupes un serment qui lui garantît , pour sa vie, Tautorité dont elle était déjà revêtue; osant encore plus, elle exigea que son nom désormais précédât celui de son fils dans tous les actes publics.

XXV. L'armée avait consenti, et le serment était fait; il ne restait plus que les troupes d'Arménie, absentes alors, et que commandait le duc Nicéphore. On ne doutait point qu'elles ne suivissent Fexemple donné ; mais quand Nicéphore , obséquieux serviteur de rimpératrice, leur eut expliqué les changemens survenus , et les nouvelles promesses qu'on attendait d'elles , cette étrange subversion , cette mère usurpant le rang de son fils, une femme régnant, un empereur qui ne régnait point, les étonnèrent, les émurent, et les jetèrent dans l'hésitation. Irène, troublée, prévit le danger et se hâta pour l'empêcher d'éclater et de croître ; elle députa précipitamment vers cette indocile armée, voulant donner de nouveaux appuis à ses chefs, et à leurs exhortations plus d'autorité. Mais sa prudence faillit encore en cette occasion, et le malheureux choix qu'elle fit, au lieu d'arrêter la révolte, la détermina.

Elle avait dans sa garde un officier courageux et intelligent, que recommandaient ses nombreux services , qu'elle croyait invariablement dévoué à ses intérêts ; il se nommait Alexis, et ce fut à lui qu'échut cette mission difficile. Alexis, dévoué, il est vrai, comme on l'avait cru, l'était en eflfet à des

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solitaire où elle était retenue ; un aete solennel et

fatal lui rendit son titre , ses honneurs , ison an-

torîté-

XXVn. Irène ne croyait point que Taffection se restituât ; au moins la sienne ne se restituait-elle jamais. S'il était vrai que Constantin pardonnât, elle ne pardonnait, en échange, ni ce pardon ni sa propre offense. Elle triomphait sans doute, mais pour un temps, imparfaitement, à demi; elle s'était relevée, mais au second rang. Irène voulait de plus la vengeance, la pleine puissance, le rang le plus haut, un titre et des droits qui ne fussent point partages. Elle voulait commander seule et toujours. A quoi tendraient ses pensées? Â se servir de son pouvoir actuel pour recouvrer celui qui manquait; elle conspirerait a son tour contre son fils, comme il avait autrefois conspiré contre elle. Elle avait eu des amis, il les fallait rétablir; il en avait, il les fallait ruiner; c'était le premier soin et le plus puissant intérêt. Constantin viendrait après eux, quand on l'aurait isolé , désarmé, flétri; quand elle se serait étendue et fortifiée.

XXVIII. Elle commença et exigea, pour premier essai, la réintégration de Staurace; Fempereur ne refusa point. Staurace arrivé, ce fut alors que s'ourdirent les plus ténébreuses intrigues. Qui donc envelopperaient*elles d'abord? Alexis;

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Alexis qui irritait par le souvenir de sa trahison, qui embarrassait par sa pénétration et sa prévoyance, qui inquiétait par les troupes de F Arménie, aveuglément dévouées à ses volontés. Son crime réel n'était que d'être fidèle; on le supposa traître, on l'affirma ambitieux; on le dénonça méditant la chute de l'empereur après l'avoir élevé, et se préparant à ceindre audacieusement sa couronne, après la lui avoir arrachée. Que ne*^persuade-t-on point aux princes faibles î Constantin écouta follement ces téméraires calomniateurs ; il se crut trahi, menacé, voisin de sa perte, et dans sa terreur insensée, il livra avec empressement à ses ennemis son ami le plus éprouvé et le plus habile. Eux, à leur tour, s'empressant, saisirent aussitôt le malheureux Alexis et lui brûlèrent les yeux.

XXIX. Un cri de colère retentit dans tout le camp d'Arménie, et cependant de nouveaux outrages lui étaient encore réservés. Constantin, après que le mariage de Rotrude eut été r^ompu , avait reçu de la main d'Irène ujpe femme née en Arménie, et dont la famille illustre et puissante (1) était vénérée dans cette province. Le jeune prince

(t) QaelqQes-uns prétendent que Marie était d'ane famille obscare. S'il était vrai, d'où lai serait yenae son influence? Elle «lait femne de Tempereur» mais dans sa disgrâce, et l'empereur luiniiteie était sans poi^yoïr.

lu

îie s'était soumis qu'avec i épugnaîice. Marie» ainsi se nommait rimpératrice nouvelle, n'avait pas obtenu son affection- Toutefois lorsqu'Irène, dégradant son fils, eut prescrit aux troupes le serment que celles d'Arménie refusèrent, Marie, fidèle à ses devoirs, malgré les dédains qu'elle subissait^ avait secondé chaleureusement et de toute rinfiuence de son nom» les courageux efforts d'Alexis; ses sollicitations >ives et pressantes avaient aidé puissamment à soulever et entraîner cette armée. C'en était assez, et sa perte était résolue; Irène ne pouvait con* sentir ni à lui remettre la peine de son injure, nia laisser au faible empereur un intercesseur si ao crédité auprès des soldats d'Arménie.

Rallumant donc d'un souffle ardent et envenimé^ les dégoûts déjà éteints de ce prince, elle le ramena prompt ement, par d'artificieuses insinua* tions, par de faux semblans de condescendance, à d'anciens projets, combattus par elle autrefois, m pires maintenant et favorisés : < Qui rarrêiâit el » pourquoi se contraindraît-il? que Marie fût répu- » diée, puisqu'elle n'avait pas trouvé grâce devant i> son seigneur, La voix du peuple se filt élerée » contre lui ^quandcelte union était plus récente,avaiîi » que répreuve eût eu assez de durée , mais aujour* 1 d'hui qui s'étonnerait? > Constantin céda, dc soupçonnant point qu'il obéissait quand il croyait commander. Marie qui Tavait servi, Marie, coupable comme Alexis, (ai comme lui abandonnée 6t sacrifiée; l'ingrat et imprévoyant empereur la ré-

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