LIVRE XIII
indigné , refiisa de reprendre en grâce les auteurs de ces scandaleuses violences; il les renvoya à l'évêque, qui, plus miséricordieux, consenlît à recevoir leurs compositions. Mais la femme, indigne su-* jet de tant de profanations et de meurtres , Ait remise à des juges, qui eurent la preuve de ses débauches, et la firent inexorablement étrangler (1).
XIV. Une étroite solidarité d'honneur, et mémo d'ai^ent, liait ces familles ; car en cas de meurtre , par exemple , quand les biens du meurtrier ne suffisaient pas pour payer la composition, ses prochea étaient autorisés, ou plutôt contraints à y subvenir. n y avait une loi pour régler les parts de cette contribution , et ses formes (2). Mais aussi , par une antre loi qui ne doit pas être oubliée , on avait le droit singulier de se retrancher soi-même de su famille (5). Alors, et depuis ce jour, on ne prenait part ni aux successions qui s'ouvraient pour elle , ni aux compositions qui lui obvcnaient (4) ; elle ,
(i) Cïrégoire de Tours, lit. Y. Voyez aassi , anliv. X, Taventqfo de T6tradle. On avait recours ci ) épreuve de Teau froide , dans les açcfisalioDs d'aduHère. (Grêg. de Tours , de mifaeul. , lib. 1, cap. 69, 70.)
^ L. Salie, cap. 61.— Ghildebert abolit cette disposition , en 995, on siècle après la conquête. Nullus de parentibus aut amicis ei qqid quam adjuvet... De cbrenechruda lex deinceps niinquison valeat. (Decr. Child. reg., art. 5 et 15.)
(3) L. Sal., cap. 63, art. I.
(4 Eodem, art. 2,
40 iiiSTOmfe DES fhancs.
en échange, cessait de pouvoir prétendre à Thérîtagede celui qui Favalt désavouée ei répudiée (1). Cétait un droit d'exhércdation réciproque. D'oii venait ce droit? Infailliblement, de la solidarité légale des compositions; il en était k compensation et le remède. On n'aurait pas trouvé juste queThomme laborieux et de sages mœurs n'eût aucun moyen d'éviter que les fruits de son travail ou de son courage se dissipassent aux compositions encou^ rues par les méchantes actions de ses proches.
XV* Faut-il s*étonner de Fesprît belliqueux des ^Francs ? Quelle autre pensée auraîent-ils eue , et quelle autre inclination? Les travaux de la terre étaient le devoir de leurs esclaves ; la science , les arts, le trafic, le ministère de la religion étaient le partage, et comme le privilège des Gaulois; il n'y avait ^ pour occuper leur vie , que la guerre. Aussi, s*cn étaient-ils fait même un droit public et commun (2). Tout ainsi que le peuple vengeait ses querelles par les armes, ainsi l'homme libre, les siennes; les leudes surtout, mieux encouragés et mieux soutenus , à qui leurs richesses donnaient plus d'esclaves , et leur autorité plus d'amis. On se tendait des embûches, comme on eût fait aux Goths,
(1) Eodem, art. X
(±) Voyez Mém. UkL de BoulainvilHers, c!i. 6*— Voyez Varti- Icle 20, CapiluL. 2, ann» 813 > — Voyez sarloul Robertson , Hist. de Charles'Quint» 1. 1, note ^t.
LlVWi: XUI. 41
aux Allemands, aux Saxons; on s'attaquait, s'accablait, se dépouillait réciproquement, et quand intervenait le pouvoir public, sa seule prétention était de concilier, jamais de punir. C'étaient les duels de ce temps, et c'est d'où viennent les duels du nôtre (1). Sans doute que ce fut à la faveur, et comme
(4) n y a, entre autres exemples, les qaerelles de Secandinas et d'Astériole (Grég. de Toars, lir. III) ; de Syagrios et de Siri* bald feodem); de Nantin et d'Héraclias (idem , liv. Y) ; de Siebaâre et d* Aastrégésîle fidem, liv. VU); de Gaerpin et de Gonderald (Idero^ Iîy. VIII); de Sichaireetde Ghramnisinde (idem , Ur. IX); des habitants de Toornay (idem, liv* X) ; de Cappan contre Magnatrode (eodem^ ; des frères de Rictmde et d'Adalband , citée par M. Raynoaard ; Hist. da droit municipal^ tom. 1, p. 289. Il y a, entre antres témoignages, celui des Capitnlaires de Gharlemagne : Et si qnis fldelîbus nostris contra adyersarinm snnm pugnam aut aliqnod certamen agere volnit, et con- Tocaverlt ad se aliquem de comparis snis, nt ei adjutoriam praebaisset^ et ille noluit , et exinde negligens permansit , ipsum beneficium quod habuit auferatar ab eo, et detur ei qui in stabilitate et (idelitate suâ permansit. (Gapitnl., ann. 813, art. 20.) — M. liaynonard s'étonne que Chloyis II n'ait pas fait punir les meartriers d'Adalbaud. Je crois que ce prince ne l'aurait pas pu- Ces habitudes de vengeance étaient dans les mœurs , et comme dans le droit de ces peuples. Je ne sache qu'un seul exemple de diâtiment essayé^ et ce fut Brnnehault qui le donna contre Chramnisinde, après le meurtre de Sichaire. Mais Ghramnisinde ayant allégué et prouvé que Sichaire avait tué lui-même quelqaes-nns des siens, toute la puissance de Brunehaullrne put aller aa-delà d'un semblant tle confiscation ; car le domestique Flavien, à qui les biens confisqués furent donnés par la reine, craignit de les retenir, et les restitua à Ghramnisinde (Grég. de Tours, liv. IX). Encore faut-il remarquer que Sichaire s'était placé sons la protection de Brunehault , ce qui faisait que sa BBort était une offense propre à la reine — Voyez, sur ces protections, Marculfe, liv. I, formul. 22.
4a HISTOIRE DES F'RANCS.
à rîmitation de cet usage, qu'on vit insensiblement les poi» (1) s'attribuer le droit de mort sur leupsr leudes, pour la vengeance des injures qu'ils en recevalenl (2);
XVI. La justice n'était que la vengeance des faibles; et quelle justice! Tout leur systèipe pénal ët^it fû|idé sur c^s deux bas^s : pour la châtiment, \^ compositions; pour la justification^ les épreuves et le s^rmpnt. Ils croys^ient à Tinfaillibiliié (ïeg épre,^ V0« (5)f où Ja puis&ance divine ne pouvait manquer^
(\} Si qais hominem per jossionem régis h^ dacia sai , qoî illam proviaciaçi iu po(ea(aie habet, occident, non reqvfiratiqr ei^ n^ faidps,aQ sit^ qqia^ jussio dap4ni sai fuit, et ^on pa(RH ç()P(lf4dicere jassionem. -— Le^ Bsûavariorpm» tit< 2, art. 8,
(-^) J^^ deux i|l4 de Afagnacbairet par exempley gqo le r«i Qpntrau fit taer pour dec| parole injarieuses contre la reide ^ustrégUdQ (Grég. dp TovrSj, Uv. V); Sfagnovald, qqi périt d'im ço^p de hache dçmt le fit frapper Childebert (id., liv. VllI).^ Pr^t¥^f tat , qae fit aasaçsioer f rédégonde (idem, eodem) ; Baaçhingue» toé à la po^te. de la chambre dp Childehert (ideo), Uy. IX); Lupintius, \ué^ à ce qu'en croit, par Tordre deBr-Qii«h haalt , pour avoir par)é d'elle avec peu de circonspection (idem» liy^ VI) ; Qudio, que Ghlolaire II fit mourir (Prédégaire, liv. V)} Chrpdoald et Qifapdulf > victiiuP^ de^ ressentimens de Dagobert (idem, çodem).
(3) Il y avsiit répreuve 4u combat, de la croix, de Teaa boa il-, lante, de l'eau froide, du fer ardent, etc. r-^ Exeant in campo, et cai Deas dederit victorîam» illi credalur. Et hoç in prœsentia populi fiât „ ut per invidiam nnllos pereat(Lex Benjurav.» tit. % cap« I, art. 3).— ^Ut quis sid> cruce immotom pers^eret, doneo Deas veritatem extraordinario quopiam modo patefaœret. Addo