‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 90 sur 135 · LIVRE XVIll · texte numérisé non relu

LIVRE XVIll

Ces difficultés étaient sérieuses ; à quel expédient recourir? Elle se hâta, pour mieux flatter l'orgueil de ce prince ; elle envoya d'habiles négociateurs, pour jeter dans son esprit de favorables préventions, et en même tems détourner son ambition, la tenter peu^être et l'intéresser. Expliquer les événemens, ce devait être leur premier objet; écarter dlrène les inculpations et le blâme, c'était leur soin principal, c L'imprudente conduite de Constantin

> était la seule cause de son malheur; ses déré- » glemens avaient soulevé l'indocile et légère hu-

> meur du peuple grec (1). Que n'écoutait-il les sa- ^ ges conseils de sa mère ? Elle ne serait pas :p réduite aujourd'hui à déplorer sa funeste mort » et à porter seule le pesant fardeau de l'empire. » Après cela, des insinuations, des propositions dé* tournées,d'hypocrites protestations, de nombreuses et fiféduisantes promesses : « Les événemens étaient » regrettables, mais accomplis ; il n'était plus tems » de les empêcher, il servirait peu de les combatj> tre. Que désirait Charles, si ce n'est l'union dans j> la foi? On l'avait obtenue par les soins d'Irène ; j> elle était garantie par le gouvernement qu'elle 1 établissait. Elle tombée, il ne resterait rien de j> son œuvre ; les Iconoclastes vaincus se releve- :^ raient et reprendraient bientôt l'ascendant (2).

(1) Ce fat ainsi qa'on eo parla chez les Fraocs. « Constantin , » à cause de Vinsolence de tes mœurs, avait été pris par ses su-

> jeU, et aveuglé. » (Eginhard, Annales.)

(2) Constantin les avait favorisés ; ils inclinaient pour loi ; les

tan ttisTomE des FRXNCâ.

» Que Charles donc ne lui fût pas ennemi et lui ac*

^ cordât plutôt assistance ;rinlérêt duchpistîanisme

» l'en sollicitait, sa propre gloire devait le lui per-

^ suader. Qu'obtiendrait-il à troubler de nouteau

t rOrient^ que de renouveler l'hérésie î Les coû*

• quêtes qu'il pourrait encore entreprendre le dé* ù dommageraient'elles d'un si déplorable malheur? ii Qu*avait-il besoin de terres nouvelles ? ses royau- »i mes n'ëtaient-ils pas assez étendus? Il partageait n renipire du monde ; il tenait la place des ancieDS t» empereurs d'occident, et personne ne lui €D

• disputait plus la puissance. Le titre seul lut 1» manquait, et qu'importait un vain titre (l)î Ne « pouvait-il laisser faire au tems ? »

orlhodoxes menacés secoodëreol Trèoe. — Constantîn, poar »'è*

> Ire trap iacoDâid ère ment heurté contre les images» etc^» (Mé> leray.)

(1) Un écmaîa grave, un historien dont il faut loner en gêoi^ rai, et même beaucoup, Texaclitude patiente et laborieuâei Ba* nie], a dit ceci au sujet de cette ambassade^ < n y a bien detap-

• parence qu' trène lui At faire dëâ lorâ ouverture du desseiP

> qu'elle avait ou qu'elle fit au moins semblant d^ayoir depaU,

> c'était de t'époaser aOti de le faire empereur. > Je ne crois pas qn'il y ait là moindre apparence: Luîtgarde vivait, car elle ot mourut qu'en ëOO, le 4 juin, et les ambassadeurs^ envoyés à U frn de 797, négociaient en 793. Les répudiations o'étaieol pis vues avec assez de faveur à Coostaottuople, pour qu'Irène osât proposer cet expédient au prince qu'elle eût dû épouser. Lascuk conjecture admissible est qu'Irène, voulant flatter rambitton de Charles, alîa de le contêoir^ lui fit pressentir dès ce tems, et même quelques mois auparavant, par les lettres qu'apporta renvoyé du patrlce de Sicile, qu'elle ne s'opposerait pas, pourto qu'il ne précipitai rleOp au titre d'empereur d'Occident o4il prè^ tiDdtiti

LtVREXVlU(794-S00)J

XXXTnt. Charles savait le génie dlrène, soa habileté toute de ruse, sa prudence toute de fraude,sa politique toute de dissimulation et de faux dehors; il en avait déjà fait fépreuve et ne s'en laissait plus abuser* Mais quelques vérités s'étaient mê*] lées au captieux langage de ses envoyés, et il les discernait sans effort. Le nombre, Tardeur, les espérances des Iconoclastes n'étaient point douteux ; le danger de leur retour n'était point une menace improbable et imaginaire (!}. Qui pouvait même garantir qu'h'ène, quand elle se sentirait chanceler, ne retournerait pas à eux la première et n*implorerait pas leur appui? Le tems s'éloignait où Thérésie des Grecs avait été nécessaire aux desseins de Charles; d'autres moyens s'oflfraient à lui main tenant, moins dangereux, ausKî efficaces, et son zèle pour la religion l'engageait aisément à les préférer.

(J) L*évéiieT!icot le prouta ; cinq ans après , lorsquirëne fut à BOQ tour renversée, Nitéphoref qui lui succédait» chercha ua appui parmi tes IconoeUâtes et affecta une graude aversiaD pour réglise ramaioe. Il était de la secte des FoâiUcims, et quoi qa/i) ne fût pas, par coméquent, Iconoclastet it ne laissa point accorder protection ouverte et faveur â rermite Nicolas, qui était bail une câUule anx portes de Gonstaotiuople, et prêchait Idûmeût et avec violence contre le patriarche grec et coatre te ealte des Images. Nîcêphore, prince avare, condamnait hautement et avec aigreor tes dons qui se f allaient âu% églises pour les décorer et pour donner plu& d'éclat aux cérémonies * Il par* lait le langage d«s iconoclastes ^ â'il n'ea admetuit pas les doc*

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128 mSTOlEE DES FUÂNCS.

Quoi de pluslUvoralïle îi ses vues que rétai présenT du gouverneniem de Consiantînople? Qu'avait-il à se plaindre de la faiblesse de ses ennemis et desdi* yisions qui l'entretenaient. Les préférerait-il replacés soos une domination plus légitime et mieux affermie, qui les réconcilierait et leur rendrait toute leur puissance? Quelle résistatice aurait-il à craindre d' frêne, tant qu*il ne Vy contraindrait pas par la guerre? Quel empereur, régulièreraenl proclamé, voudrait consentir aux choses qu^elie souffla rail? Le roi donc se laissa convaincre et fit un accueil bienveillant aux envoyés grecs ; il couvrit d'une apparence d'incrédulité les crimes reprochés à Irène; il accéda même à ralliance qu'elle proposait, et pour premier gage de sincérité à la fois et de confiance, il permit généreusement le retour de Sisime, frère du patriarche de Constantinople, el prisonnier chez les Francs depuis les derniers combats dTtalîe,

XXXIX, Mais tout conspirait à la fortune de Charles : on eût dit un accord mystérieux et faial entre les choses et les passions de ce temps. Rome, rivale jalouse de Consiantinople, eût pu paraître d'intelligence avec elle pour les grands changemens qui se préparaient. Pendant que des conspirations vastes et hardies faisaient éclater, en Orient, des révolutions qui encourageaient et secondaifiiii le roi franc, d*autres conjurations , plus imprévues encore, non moins furieuses, précipitaient et assu-

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