LIVRE XVIU
imposées naguère à sa faiblesse, n'ajoutaient que bien peu de poids à ce léger et dérisoire prétexte- Il n'y avait pourtant point d'autres causes en apparence ^ aucune autre raison déclarée, et si on les juge futiles, n'est-ce point qu'il en existait de plus réelles et plus sérieuses que la prudence conseillait de dissimuler? car le roi franc, prince sage^ mesurait plus exactement d'ordinaire ses actions à ses intérêts.
XLV. Mais de graves soins l'arrêtaient encore en deçà des Alpes^ et quelque impatience qu'il eût, il dut diflFérer. Alphonse, toujours yictorieux, venait de prendre Lisbonne, et il lui faisait hommage, comme à son vrai suzerain, des prémices de son butin et de sa conquête; il importait d'encourager ces soumissions, il était utile qu'un accueil flatteur satisfit rorgueil des envoyés goths ; Ternir Azan, maître d'Huesca, faisait offrir les clés de sa ville, et promeitaît de la livrer au pouvoir des Francs; il convenait d'écouter et de peser ses propositions : un moine arrivait, à qui le patriarche de Jérusalem avait remis pour le roi de précieuses et saintes reliques , recueillies au lieu même de la
D^ pouvait ploB COQS eo tir ^ tes BéaéveDttiie l'auraieat^ils satiffert? n Ht faut pas imposer de semblables œnditioQS aux princes que Von établit, à moios qa'on ne venillc §c ménager un motif pour se plaindre d'eux s peut-être Ctiarlemagne y avaj(-i1
HISTOIBÉ DES FRANCS, niiraculeuse résurrection; la pieté de Charles lui inspirait un vif et pressant désir de les recevoir : enfin Daniel, nouvel envoyé du patrîce de Sicile, ou plutôt d'Irène, venait chargé d'un message, à qui les secrètes dispositions de rimpératrice don* naient, dans Toccurrence présente, plus d'importance encore et de prix.
XLYI, D'autres embarras encore, et d'autres ot slacles ; les Maures, qui surprenaient les îles Ba. léares et les ravageaient; les Bretons, qui toujours difficiles à robéissance, lentaienfc la révolte et refusaient les tributs. Chai les ne souffrait point qu'on desavouât son pouvoir, et ne laissait pas Finjure impunie; il prétendait recouvrer ses îles, et que les Bretons fiissent promptemeni châtiés : tout devait être en sécurité dans Tempire franc avant tiu'H s'en éloignât. L'ordre de ce prince était comme le fait môme, et rexéeution suivait de si près , qu'il se confondait avec lui : des navires furent armés, tA firent voile inopinément pour les Baléares; ka Maures, qui les avaient surprises, sm^pris à leur tour, essayèrent inutilement de se maintenir; leurs étendards, envoyés à Châties, lui vinrent rendre témoignage de leur expulsion. En même temps sV paîsait l'imprudente rébellion de la Bretagne : Widdon , qui commandait sur la frontière de cette province , y était entré avec des troupes nombreuses; son ex]>édition n'avail guère été qu'une rapide et facile cotirse; tout avait cédé, tout avait flécM, et
par la crainte encore plus que pai* la force; le§ chefe eux-mêmes s'étaient laissé dépouiller de leurs armes ; on y mit leur nora, et on les envoys^ avec solennité au roi Charles , comme un trophée à la fois, et comme un gage de soumission.
XLYII* Ces exemples étaient salutaires et ces succès opportuns; ce n'était toutefois qu'un mediocic sujet de sollicitude : que pouvaient les Bretons^ qu'importaient trois îles désertes et pauvres? De plus sérieux et plus considérables dangers préoccupaient l'esprit attentif de ce prince* La Saxe épuisée semblait^ est vrai, s'endormir dans la servitude; à force de craindre elle-même, elle accoutumait Chattes à ne plus la craindre. Mais au-delà de l'Elbe, un peuple puissant, longtemps ignoré, toujours dédaigné, s'agitait et se rapprochait, comme pom' renouveler riiéroïque lutte et prendre la place du peuple abattu. Dès le tems de Witikind, les Nordmans déjà offensés des progrès de Charles, s'étaient plusieurs fois mêlés aux Saxons pour entretenir et fortifier leur résistance ; plus inquiets maintenant, après tant de désastreuses défaîtes, ils slrritaîent et s'effrayaient à la fois que l'Elbe lui^ même ne fût plus cju'une impuissante barrière contre Tinfatigable amhiuon des Francs. Ils prévoyaient leurs attaques, et les jugeant infaîlUblcs, ils les devançaient, Vaillans sur la terre, habiles et audacieux avec leurs vaisseaux , la mer qu'ils aimaientj et dont ils s'étaient fait comïtie tme patrie.
ne favorisait que trop aisément leurs incursions et leurs rapines. La Frise et ses îles les avaient vus récemment et de longs ravages attestaient encore cette sanglante apparition. L'Océan tout entier s'ouvrait devant eux (1), et ces vastes côtes de la Germanie et des Gaules étaient dans la crainte.
Les Maures, à leur tour, pirates hardis aussi bien que les pirates du Nord, couraient la mer de Provence, se montraient dans l'Adriatique, menaçaient la Corse et insultaient même l'Etrurîe. C1mu> les, fatigué de ces immenses déprédations, pressenr tant d'ailleurs que l'impunité les encourageant, elles devraient infailliblement se multiplier et s^'étendre, avait pris enfin de sages et fortes mesures pour s'ea garantir. Des flottes avaient été comme subitement créées par lui (2), pour protéger les côtes de la
(1) Dès le neuvième siècle ils découvrirent les WesFœroe, I7ilande, et même le Groenland. Il y a quelque preuve, qiioiqae contestée» que leur découverte du Groenland et de Y Islande a précédé l'année 83i. £n 985 et iOOi, ils découvrirent une aotre terre qu'ils nommèrent Vinland, et qui n'était autre que YÀmérique septentrionale. « Les Nordmans ont-ils découvert TAmé-
> rique avant Christophe Colomb? Nous ne pensons pas qo'oQ
> puisse hésiter à répondre affirmativement. > (Malte-Bran, hîst. de-la Géographie, liv. 18.)
(2) < Il fit fabriquer des vaisseaux sur tous les fleuves delà
> Germanie et de la Gaule.-. Il plaça dans les ports et dans les
> embouchures des fleuves quelques bàtimens en station. •• H » employa les mêmes précautions sur toutes les côtes de laNa^
> bonnaise , de la Septimanie, et de l'Italie , jusqu'à Rome* * (Eginhard, vie deCbarlem.) < U plaça des garnisons sur toute U » côte* » (Idem, Aooalea.}