LIVRE XVÏIÏ
Gaule, de la Germanie et de Fltalie ; des vaisseaux armés avaient été mis en station à Fembouchure des fleuves; de fortes troupes de soldats avaient été dispersées dans toutes les villes que le voisinage de la mer exposait aux irruptions de ces redoutables navigateurs.
XLVIII. Charles donc, la nécessité l'instruisant, étendait ses forces et acquérait une nouvelle puissance. La terre ne suffisait plus à sa prudence ni à son ambition. Il prenait à son tour possession de la mer, et s'ouvrait de nouveaux champs de combat .contre les Nordmans et contre les Maures. Il faisait plus, et près de tenter un dessein qui pouvait soulever contre lui rOrient,il se préparait à braver ses flottes et effaçait la seule supériorité qu'eussent encore les Grecs sur les Francs. Ce roi , si entreprenant qu'on l'aurait cru téméraire, avait une telle circonspection qu'on l'aurait pu croire timide ; il n'osait tant que parce qu'il avait beaucoup ménagé, et lorsqu'il tentait, c'était pour achever plutôt que pour entreprendre.
L'ordre était donné; l'exécution même était déjà annoncée ; il ne restait plus qu'à reconnaître si les préparatifs suffisaient, si les effets répondaient à ces assurances. Charles , dont l'œil pénétrant sondait profondément l'avenir , ne voulut remettre ce soin qu'à lui-même ; il le jugeait trop nécessaire et trop important. Il partit donc, suspendant encore le hasardeux voyage de Rome ; il alla le long de la
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mer, visitant les ports> examinant les vàîsseftttt> recherchant avec une infatigable attention si, l'oocasion venue, rien ne manquerait pour la résistance. Parvenu ainsi jusqu'à Rouen» il passa la Seine et vint à Paris; puis il poursuivit» pareourqt la Loire et ne voulut s'arrêter qu'à Tours. Une affligeante cause l'y avait contraint; Luitgarde, soudainement attaquée d'un mal dangereoi^ , feisait craindre déjà que sa vie ne fût menacée. Elle Tétait en effet; en peu de jours, la douce et pieuse reine mourut, ignorant peut-être ce que lui ôtait cette mort si prompte, ne prévoyant pcmit quelle autre couronne eût chargé son front.
XLIX. Mais le tems commandait, et les rigoureuses combinaisons de Charles ne permettaient plus de délais. A peine la douloureuse solennité des funérailles était achevée, il dut se résoudre au retour, n revint par Orléans et Paris, suivit jusqu'à la Meuse et rentra à Aix-la-Chapelle. Ensuite le mois d'août venant, il s'achemina vers Mayence. C'était le lieu où les dernières dispositions devaient se régler, où devaient se donner les plus importantes instructions ; c'était la ville choisie pour le plaid général de l'armée. Ces devoirs remplis, d'autres soins commencent ; voici le jour attendu, la grande résolution va se dévoiler; l'armée était prête et s'étonnait du retard; Charles ordonne enfin, et elle s'ébranle. Elle part; les Alpes sont franchies, la Lombardie ne l'arrête plus , elle entre à Ravennei
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Bientôt Charles se sépai^e tVelle; elle obéira désormais au jeune roi des Lombards, et ils iront porter la guerre dans la principauté de Bénévent^ voisins de Rome, sans qu'elle puisse se plaindre Jui imposant sans la menacer*
Charles cependant continue, traTerse Ancône^ et arrive àLamenlana : Léon rattendait; il était venu jusqu'en ce lieu pour le recevoir* Quelques heures passèrent, et le pontife, toujours empressé de lui complaire, partit le premier pour Faller recevoir de nouveau aux portes de Rome. La nuit approchait, Charles difiëra; mais le jour revenant, il reprît sa route- Bientôt, comme il allait atteindre Saint-Pierre, s'offrirent à lui, avec de grandes démonstrations de joie et de soumission, le pape,, une nombreuse suite d'évéques, un concours prodigieux de clei'cs et de moines^ une innombrable multitude de peuple. Chaiies aussitôt , laissant son cheval , monta à la basilique^ s'agenouilla religieusement au tombeau de l'apôtre, et des acclamations, des chants pieux, de saintes prières, saluèrent l*neui*cuse venue du prince franc.
L. Sept jours entiers furent accordés aux fêtes pi au repos; mais ce tems achevé, Charles convo-
a une première assemblée où siégèrent les évèquesei les leudes francs, les évoques d'Italie et les patriciens de Rome/Ce conseil formé, le prince lui déclara ses desseins^ ce qui Tavait amenée Tordre 4iull prétendait établir, quelles affaires il se propo-
444 insTOinr: i)i:s ii\Ar>«cs-
saît lie conclure. De te nombre, el avant aucune autre, serait le jugement des accusations portées contre le pape; ensuite, et si elles étaient trouvées fausses, viendrait le jugement des accusateurs. Ces choses dites, on se sépara, et au jour assigné une nouvelle assemblée se fil dans la basilique de Saîot- Pierre, en présence du peuple et des soldats francs €jui avaient suivi Charles. Les archevêques, les évèques, les abbés eurent la liberté de s'asseoir; le reste dutétrc debout- Le roi arrivé, on interpella les accusateurs; mais aucun n'eut latémériiéderé' pondre- Qu'attendre de plus ? Aucune voix n'osait s'élever, aucune preuve n'était proposée; les accusations s^évanouissaient. Léon toutefois, soitqully fut exhorté par le prince^ comme quelques-uns le rapportent, soit librement et par la seule impulsion de sa volonté, comme d'auties raiïîrment, se levant alors, monta dans la chaire, mit sm* sa tête le Uvre des saints Evangiles (1), adressa une fervente invo-
(i) i Là, le yénérable Léon prit û'une main terme rËvangHe
> de notre seigneur Jésus-ChrJst , le po^^a sur sa lèle, et de?aiU
> Charles el son armée, en face même de ses ennemis, i! fît ser- ' ment eu ees ternies : Que je sois participant aux bienfatti du
> gainl Évangile, le jour dn grand jugement , aussi bien que je
> suis inooeent du crime qu'ils m'ont faussement imputé ï * (t^c moine de Saint-GallO — • U était singulièrement grave etdilli* » cite de discuter les accusations soulevées contre le pape* Mais
^ comme aucun témoignage ne put être produit ponr les confir-
> mer, le seigneur pape^ tlaus la basilique de Saiût-I'ierre, etcQ
* présence du peuple j prenant r Évangile en sa main , moata
> daûs la chaire, invoqua le saint nom de laTrlnité^ et se porge^r
* par serment des crimes qu'on lui imputait, • (Le moine d'Ail'
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cation à la Irinité, puis la main tendue à Tautel, il jura et attesta Dieu qu'il n'avait ni commis luimême, ni ordonné de commettre les criminelles actions qui lui avaient été calomnieusement attribuées (1). Il faisait ainsi, ajoutait-il, spontanément et de son plein gré, sans que ni jugement, ni loi Ty pussent contraindre, sans qu'on dût abuser de cet exemple au détriment de ses successeurs; il faisait ainsi pour se satisfaire lui-même et pour que le peuple fiit plus pleinement édifié et désabusé. Ajoutant encore, comme si de tels sermens ne suffisaient
goulème.) — Le récit d'Eginhàrd est exactement semblable à celui de ce dernier chroniqueur. (Annales.) — Voici le langage que Baronîus attribue à Léon : « Nul n'ignore que des hommes » pervers se sont élevés contre moi , et ont leolé de flétrir ma » réputation, en m'attribuant les crimes les plus odieux? Le très
• illustre et très magnanime roi Charles est venu à Rome pour
• connaître la vérité ou la fausseté de ces accusations. Moi donc, » ponlife de la Sainte Église romaine , sans que personne m'ait
> jugé ou m'y ait contraint , j'affirme volontairement devant
• Dieu, qui voit dans ma .conscience, devant ses anges et le
• bienheureux Pierre, prince des apôtres, que je n'ai ni commis,
• ni permis ou ordonné de commettre les actions dont on m'ac- » cuse. J'en atteste Dieu, qui nous voit et qui nous jugera. Je
• fais ceci, sans qu'aucune loi m'y oblige, et je n'entends point » en faire une coutume de FËglise, ni engager par cet exemple
• les évèques , non plus que mes successeurs. Je ne me suis » proposé que de détruire les fâcheux soupçons que vous au-
> riez faussement conçus contre moi. (Annal, ecclesiasti. , ad anii.800.)
(1) On peut regretter , même s'étonner qu'aucun historien ne raconte en quoi consistaient ces accusations*