LIVRE XIX
carnage ; c'était la seule faveur. Us se résignèrent , et Bait^elone rentra sous le joug des Francs.
VUI. Dès le même jour, les gardes du prince reçurent et occupèrent les portes. Mais cette guerre était de religion autant que d'ambition, et la victoire des Francs était surtout la défaite de Tlslamisme. Tout devait répondre à cette grave et salutaire pensée : Louis ne voulut entrer dans la ville qu'après la purification des lieux saints» et avec une pompe moins guerrière encore que chrétienne, qui imposât aux soldats, qui prévînt les désordres et les violences, qui marquât plus profondément le caractère religieux de son entreprise. Le lendemain donc, quand le jour parut, l'armée se prépara pour ce glorieux et pieux triomphe, A leur lôte mai'chait le jeune Louis, ne laissant voir sur son front qu*une joie sévère et modeste ; mais avant eux, marchaient, revêtus des habiis sacrés, des évêques , des prêtres , une nombreuse foule de clercs, qui chantaient les louanges de Dieu, célébraient sa gloire, magnifiaient sa puissance. Ils allèrent ainsi , priant et chantant, et menant cette vaillante ai^mée qui chantait aussi et priait, ils allèrent jusqu'à l'église de la Sainte-Croix, et arrivés en ce lieu^ les prières, les bénédictions, les actions de grâce se renouvelèrent : ce jour» que redoutait Barcelone , ne fut qu*un saint jour. Mais l'entreprise était à son terme ; le succès où prétendait Louis était obtenu; le jeune roi ramena raiméei
laissant sa précieuse conquête à la garde du comte
Brea, et d'un corps nombreux de vieux soldats
Goths.
IX. Déjà cependant, et tandis que ce siège, encore incertain, tenait en suspend l'Aquitaine et tout le nord de l'Espagne , Cfaaries, satisfoit de Rome, moins occupé deâ secrètes divisions qui agitaient lltalie, ramenant ses regards sur les autres provinces de Tempire, prenait tout à coup la résolution de repasser les Alpes et de retourner dans les Gaules. Le printemps arrivé et les fêtes de Pâques passées» il salua d'un dernier adieu la ville saitite, et vint d'abord à Spolette. Il y était à peine, d'e^ froyables tremblemens de ten^e désolèrent l'Italie, la Germanie et les riches contrées que baigne Ip Rhin. Des montagnes s'aflEaissèrent, des villes forçait renversées^ la voûte de la basilique de Saint- Pierre tomba. D'autres désastres suivirent; une affreuse peste étendit ses ravages sur tout l'ocddent, présage fatal, qui troubla les peuples, mais que l'avenir ne confirma point. Charles ne laissait pas de poursuivre; sorti de Spolette, il continua jusqu'à Ravenne ; quittant Ra venue à son tour, il ne s'arrêta qu'à Pavie. L'empereur s'éloignait , mais non ses soldats; son absence ne devait pas être un temps de relâche et de sécurité pour ses ennemis. Pépin, en ce moment même, allait renouveler la guerre contre Grimoald. Tournant vers la frontière du territoire de Naples, comme pour mieux imposer
UVHEXÏX (800^806). 46?
aux Grecs, il mettait le siège deyant Chîéti, vîUe forte, où commandait Roselme, soldat résolu, Chiétî résista, mais pour un triste succès ; elle fut forcée et livrée aux flammes- D*auti'es places, après elle, tombêï'ent encore au pouvoir des Francs; Roselme, qu'ils avaient fait prisonnier, fat conduite Ghailes; dangereux associé de Grimoald, instrument courageux des timides colères des Grecs, il eût le sort de Zaddon et fut envoyé en exil.
X, Charles n'était pas encore sorti de Pavie, une ambassade lui est armoncéc, Tenue de Perse et du royaume de Fez, envoyée par l'émir Ibrahim et par le puîssantcalifcHai^oun'al-Rcschyd. Haro un, prince vaillant, ingénieux, magnifique, conquérant heureux, huit fois vainqueur dans huit terribles batailles, la terreur des Grecs, qui ne s'étaient rachetés que par un tribut (1), ami desartsderesprît, protec' teur de ceux qui les cultivaient , ingrat cependant (2), perfide, superbe , Haroun, avide de grandeur et de renommée, s'Inclinait au bruit de celles de Charles, mt il répétait en Asie les éclatantes actions, Jérusalem était tombée sous ses armes, et les 'étiens consternés gémissaient dans l'attente des
(1) Un tribut aoDuel de 700,000 sous d'or<
(2) t n usa de la plus ooire perfidie envers Yah^ra , qai avait s prii soin de sa jeunesse , et sacriFia sans tnotit la famille des * Barmècides , à qui il êlait redevable d'un a partie de sa ■ gloire. ■ ^^,Éi^
f68 HISTOIRE DES FRAWCS.
plus redoutables malheiii's. Délaissés des Grecs, leurs espérances s'étaient tournées vers le roi des Fi-ancs ; le pEitriarehe avait envoyé à ce prince pour soUicitar sa médiation, Charles, troublé à la seule image des profanations qui menaçaient les lieux saints, avait fait partir à son tour des envoyés Francs pour Jérusalem, et, {en même temps, trois ambassadeurs pour aller jusque dans la Perse, invoquer la justice et la générosité du calife. C'étaient le juif Isaac, Sigismond de Bourgogne, Lanfrîed d'Austrasie, Ils apportaient^ selon la coutuntie, de nombreux présens aux prince Arabe, de l'iches armes, des chevaux et des mulets tirés de l'Espagne, des draps travaillés dans la Frise, et outre cela, une grande meute de chiens vigoureux et agiles, exercés à la poursuite des animaux les plus féroces (1). L'orgueil d'Hai*oun fut flatte de ces prévenances de Charles, et Ton jugea promptemcnt qu'aucun sacrifice ne rarréterait pour gagner ramitié de ce princc-
Le choix des présens toutetbis l'avait étonné; il ne pouvait croire au récit que lui faisaient les envoyés francs du courage prodigieux de ces chiens nourris dans les marais de la Germanie, D en voulut foire Tessai. Un jour donc, ayant appelé les Francs, «« allons, leur dît-il, éprouvons vos mei^ B vcilleux chiens, et chassons, i Ils allèrent ; m énorme Uon se rencontra; les dogues rarrêtèreût
(1) Le marne de SalQt*Gal] , Vie de Cbarlomagae*
LIVÎŒXÏX (800-806)* 169
audacieusement et Vassaillirent; les Francs accoururent et leur disputèrent sa mort Haroun admira, tf Vous ne me trompiez point, leur dit-il; et ù jugeant par les peiiies choses des grandes, je » croirai maintenant tout ce qu'on publie de votre B roi Charles. Si votre courage s'est en effet cn- » dureî sur les exemples du sien , on a raison de » le dire hardi et vaillant. Que veut*il do moi? » Quand je lui donnerais la terre d'Abraham et de 1» Josué, il ne pouiTait du fond des Gaules oo de » l'Italie la protéger contre les barbares. Je con- > sens néanmoins à ce qu'elle soit à lui ; j'accorde » qu'il en devienne le maître et le suprême sei- » gueur ; qu'il m'accorde , à son tour, d'être son 3 vassal et son lieutenant. J'y régnerai pour lui, je ^ la conserverai en son nom (1). » La nouvelle en
Efiit rapidement apportée à Jérusalem ^ et les chré- ■ens pénétrés de reconnaissance, empressés d'at- ■ster les droits de leur nouveau souverain, envoyèrent aussitôt à Charles l'étendard de leur ville rt les clés du Calvaii^e et du saint Sépulcre (2),
XL Étrange événement que celte domination des Francs à Jérusalem! merveilleuse conquête de Charles, obtenue par la seule puissance de sa renommée! Les trois ambassadeurs repartirent chai*^ gés encore de présens, comblés de bienfaits, enivrés
(1) Egîohardj Vie de CUarlemagoe, — Le moine do Samt-Gal],
(2) Egînhard ^ ADnaL > ^qh, BOOt
!70 HîSTOim^. DES FRANCS.
du succès extrême et inattendu de leur glorieuse
négociation- Légîlime joie, mais qui fut troublée;
la ibriune les attendait au lelour; deux d'entr'eux
ne revirent jamais la terre de France; il n'y eut
qu'Isaac*
Haroun cependant, jaloux comme il était d'entretenir les favorables dispositions du grand roi des Francs, ne pouvait négliger de répondre par des témoignages semblables aux témoignages prédeux pour lui de sa confiance. Il fit partir, à son tour, deux ambassadeurs, et c'étaient eux dont on annonça Tarrivée pendant que Charles était encore à Pavie, Ils apportaient eux aussi, de riches présens; le fastueux calife aimait à montrer sa magnificence. Dans le nombre était un monstrueux éléphant (1)> des singes rares, une incroyable profusion d'épices, do parfums, de heaume, de nard, d'essences pnî* eicuses; un lion de Lyfaie, un ours de Numidie, du fer d'Ibérie, de la pourpre de Tyr, étaient les dons qu'offrait, de son côté, l'envoyé de Fez venu avef les Persans (2)- Ils avaient débarqué dans le port de Pise, et Tcmpereur, qui avait quelque impatience de les voii't les fit conduire vers lui dans piî lieu voisin de Verceil et d'Ivréc.
Mais il leur réservait une autre réception pins
(1) BgiiLÏiaT<l a cûoseryé le nom de cet éléphant^ et mèmer^ poqae de ââ mort. On te nommait Abulabaz (Anna!* ^ aûD* 6ffî{|r et il mourut de mort subjle huit aos après son arrivée en FraQC^ ■ || (Eddem, aun, 810.)
(2) Le moioe de Saiat-GaII« (Vie do Chademagne.)
tïVllEXlX(B0O-806).
tri
honorable et plus solennelle. Ce fui à Aix-la- Chapelle ^ le jour d'une grande fête chrétienne : Charles se complut à paraître devant eux dans toute la splendeur de sa puissance, à se montrer revêtu des somptueux ornenicns de Tcïnpîre, à les rendre témoins des saintes et majestueuses pompes de Fogllse, à leur faire admirer la beauté menaçante de SCS uoupcs germaines, à les éblouir du faste abondant des festins , où il conviait dans ces fêtes, les grands de sa cour. Ils s'étonnaient et se récriaientj disant dans leui* langage animé : * Nous » n'avions vu que des hommes de terre, voilà des » hommes tout d*or {!). ^ Haroun avait fait voir aux envoyés francs la chasse aux lions ; Charles, à son exemple, voulut mener les Persans à la dangereuse chasse de raurochs. Mais h Faspect, si nouveau pour eux, de ces animaux puissans et faroucheSj l'ardeur des hommes d'Haro«n s'attîédii, et ils reculèrent. Charles, au contraire, impatient de faire éclater en leur présence sa témérité froide et son adresse hardie, lança vivement son cheval et ^en un instant dépassa les chasseurs les plus avancés. Tout à coup un aurochs paraît, furieux, énorme, terrible; Charles le suit, Tatteint, le frappe; la bêle irritée s'élance et frappe à son tour; le cheval s'effraie et obéit mal ; Charles est blessé» Au même moment, un javelot part» et frappe au cœur l'affreux aurochs, qui s'élançait de nouveau. Le prince dclî-
(f ) Le moiiie de Saial-Ga
172 fflSTOIRE DES FRANCS,
vré se détourne à peine, et déjà roulent à ses pieds Fhorrible tête et là redoutable armure de son ennemi. Quel heureux chasseur a priAK^rvé la vie de Charles ? Un fugitif, un proscrit, le fils du leude Warin, le jeune et généreux Isambar».
On s'empressait autour de Tempereur, pour visiter et panser sa plaie; elle était légère, la jambe seule était déchirée ; Charles dédaigna ces soins. € Laissez, leur dit-il, je veux que la reine juge ma
> blessure. » Cette reine dont il parlait c'était Hermengarde, femme du jeune roi d'Aquitaine (1), princesse habile et de la plus haute vertu , pour qui Charles avait une juste et vive tendresse. Sitôt qu'il la vit, lui montrant à la fms sa jambe sanglante et les monstrueuses défenses de l'auroch, c que pen-
> sez-vous, lui demanda-t-il, qu'il faille accorder à
> celui qui m'a retiré d'un si grand péril ? — Toute
> chose, s'écria la reine effrayée; il n'y a point de
> récompense trop haute pour une telle action. —
> Ordonnez donc, continua le prince, et que les
> fautes d'Isambart soient mises en oubli. » Elles le furent en effet, et le jeune leude recouvra son rang, ses honneurs, ses terres; Hermengarde y ajouta de riches présens.
(i) « Hermengarde , issae d'un noble sang. » {(L'Astronome.) — « Loais épousa la Glle d'un noble duc> Inguerrand, nevea da » pontife Sathgaud. > (Thégan J — On doit conclure da ;rédt de TAstronome, que ce mariage avait été célébré en Tannée 796. Le moine de Saint-Gall confond en ce lieu, Hermengarde, femme de Louis, avec Hildegarde^ troisième femme de Charles, laquelle était morte depuis dix*nf uf ans, le 30 avril 78J.
UVRE XîX (800-806).
XIL Charles, dont la généreuse condescendance du calife avait passé même les souhaits, s'appliquait à flatter ce prince en prodiguant à ses envoyés les marques de la plus gracieuse bienveillance. Il les excitait , les encourageait , leur permettait ipielquefois une grande liberté de langage. Un jour qtf il les avait fait asseoir a sa table, enhardis par l'accueil du prince, animés par le vin dont on usait avec peu de sobriété aux festins des Francs : « Magnanime empereur, dirent-ils, ta puîs- 3 sance est grande; elle est moindre cependant
> qu'on ne le raconte dans les royaumes d'Orient. M — Qu'osez-vous dire, inlerrompit Charles, et * qui vous inspire une si tcméraîre pensée? — j> Les Macédoniens et les Grecs, continu èreni-ils,
> te redoutent plus que leur mer dMonîe. Les » peuples des îles que nous avons vus te sont do-
> voués comme les esclaves nourris dans tes pa- M lais. Nous-mêmes, Persans, Arméniens, Indiens, » Mèdes, Elamites, nous tremblons à ton nom plus K qu'au nom d'Haroun- Mais les grands de ton 3 paySj humbles, il est vrai, et obséquieux devant » toi, ne prennent plus, loin de tes regards, le même ■ soin de le plaire. Il nous a fallu traverser, pour » venir à toi, la Campanie,la Toscane, laRoma- » gne, la Ligurie, la Bourgogne, la Gaule, et quand » nous réclamions la protection de tes évoques et » de tes comtes ^ ils ne nous répondaient que par
I) des mépris, — Justice se fera, s'écria Charles^ et
174 HISTOIUE DES FRANCS.
» vous pourrez apprendre au calife si c^est împu- >» nément qu*on m'ofifense. • U le fit voir promptement, et donna de sévères preuves du prix qu'il mettait à raffection du calife; tous ceux dontlms Persans se plaignaient furent châtiés; les évoques durent payer de fortes amendes; les comtes et les abbés furent dégradés de leur rang (1);
XIII. Mais la guerre se rallumait pendant ce temps au nord de la Saxe, et s'entretenait avec des succès partagés , dans quelques provinces de Fltalie. Charles , moins inquiet des Saxons maintenant que de leurs voisins, avait envoyé, selon Fhabîtude, une grande armée pour se montrer tour à tour sur le Wéser et sur TElbe , contraindre les tributaires rebelles, et menacer les Normands. Cet ordre s'était accompli, on avait passé FEUbe; on s'ctaîl répandu dans ces contrées toujours mal soumises; on avait combattu, vaincu, ravagé, et Ton revenait chargé de butin.
D'un autre côté , et au-delà des Alpes , Tortone s'était soulevée; Pépin était accouru ; il avait enveloppé, assailli, pressé avec vigueur Timprudente ville, et, en peu de jours, réduite aux extrémités les plus malheureuses, elle s'était abandonnée à sa merci. Tortone soumise, Pépin changeant de direction, et rétrogradant, s'était porté, d'une mar-
(1) Le moine de Saint-Galli Vie de Charlemagne*
LïVnK XIX {BOO.806).
cne soudaine et prccipilée, contre Nociîra. Nocéra, mieux preparce que Tortone, et plus fatiguée encore de robéîssancc des Francs, avait résisté aussi plus heurensemem et avec plus de constance. De nombreux assauts courageusement soutenus, de fi'ëqnentes sorties diflicilement repoussées avaient rendu , un assez long temps , la lutte incertaine. L'heure était venue à la fin, et Nocéra épuisée avait reçu le roi des Lombards*
Gnmoald cependant ne s'était pas laissé retenir "dans Toisiveté, et, rendant perte pour perte, il avait su se ménager dos compensations. Lucéra, ville industrieuse, tentait son courage, et peut-être son avidité; laissant Pépin se lasser et s'embarrasser dans ses sièges, au lieu de venir à lui, il s'était avancé contre cette ville. Son dessein avait été pénétré, et Winégise, sortant aussitôt de Spolette, s*était hâté pour !e prévenir; mais trop faible peutêtre ^ peut-être encore mal servi par les hasards de la guerre, le généreux chef repoussé progi^essivement, s'était vu contraint d'entrer dans Lucéra, et de s'y enfermer, Grimoald avait poursuivi; raila-
[ue avait été prompte; la défense, active et opiniâ- , avait trompé quelques jours l'espéra nce des
énéventîns. Us Tavaienl emporté toutefois, et le illant Winégîse, naguère l'ami, le chef, le com-
agnou d'amies de Grimoald^ vaincu parlai, était son ennemi maintenant et son prisonnier.
XrV. On reconnaissait à ces agitations vagues
176 mSTOlRE DES FRANCS,
et dparses de l'Italie, le génie, les craintes, les ressentimens, Fimpuissance du ^gouvernement grec; mais on reconnaissait aussi au langage rude et dédaigneux de l'empereur, les mécoutentemens que lui donnaient ces provocations. Constantinople s'était troublée en entendant la renaissance da vieil empire de Rome; les principaux d'entre ses nobles, prétendans inquiets à la souvei^aine puissance, s'effrayaient de cet empereur avide decoDquêtes et de gloire , qu'une moitié d'empire satisferait difficilement, et qui les voudrait infailliblement unir toutes deux (1). L'ène elle-même, chancelant déjà sur le trône, que les crimes nS&tmissent mal, si la confiance et l'admiration qu'elle avait récemment affectées pour le prince fif^nc^ ne manquaient pas entièrement de sincérité , était réduite au moins à les déguiser et à s'en défendre.
Charles^ à son tour, jaloux de confirmer son ouvrage, et d'en assurer la durée, prévoyant que les Grecs ne se lasseraient pas de l'inquiéter à Ravenne, à Bévénent, dans laLombardie, méditait, s'il faut croire ce qu'on en raconte, de leur enlever la Sicile, importante et favorable possession, qui servait comme de lien entre l'Italie et Constantinople (2) , et dont la conquête ferait tomber Naples,
(1) Eginhard^ Vie de Charlemagne.
(2) Les Grecs avaient une flotte, des troupes, des magasins en Sicile, et un patrice qui veillait sur Naples et sur la Galabre, assistait secrètement le duc de Bénévent, et dirigeait toutes lesiotrigues des autres parties de l'Italie.
livrerait la Calabre, consommerait et garantirait la séparation et la sûreté de TOccident.
XY. Irène savait ce dessein, et n'espérait pas d'en empêcher le succès par les armes ; elle cherchait des moyens plus conformes à sa situation présente et à son génie. Cette entreprise d'ailleurs, elle en avait le pressentiment , serait l'inévitable occasion de sa chute. Les Grecs se contenteraientils d'une femme pour une guerre si grande contre mi prince si grand et si redouté; et s'ils la souffraient au commencement, contre toute raison et toute apparence, après la défaite la soufi&*iraientîls? Ne voudraient-ils point d'un soldat, pour éviter de plus douloureuses conquêtes, et d'un empereur régulièrement proclamé, pour ôter à Charles ce prétexte d'en prendre la place.
Irène délibérait; mais elle avait encore d'autres embarrai& et d'autres craintes : deux hommes se disputaient sa faveur, non comme but toutefois, mais comme moyen; habiles, audacieux, puissans l'un et l'autre, l'autorité qu'ils partageaient ne suffisait plus à leur ambition; la couronne elle-même était, par degrés, devenue l'objet de leur orgueilleuse rivalité. Le premier était ce patrice Staurace, ancien confident, assidu complice d'Irène, victime un instant du malheureux Constantin, qui fiit bi^tôt et plus cruellement sa victime; Aêtiu3 était le second, misérable eunuque que n'étonnait point sa bassesse, et à qui ne manquait point la