‹ Histoire des FrancsChapitre 100 sur 214 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Bathîlde y quoique belle et jeàne , et si rëoefnnnent appelée du plus humble raog^ au premier, obirîa néanmeins, avec un rare bonheur , à tous les embarras de cette situation difficile. On ne s^agita point autour d'elle , et Ton ne vit rien ni de ces scandales , ni de ces désordres qui devaient^ après quelques siècles, flétrir et désoler un autre règne. Ce fut daûs ce temps qu'éclata la révolution d'Austrasie. Peut-être même la fatale démence de Chlovis y contribua-tdle ; car Griœoald pouvait espérer qu^ellc détournerait la Meustrie de faire la guerre , et que FAustrasie r^etterait plus faiblement la domination d'un roi insensé. Cependant , quelque probables que fassent ces combinaisons , l'événement les ti'ompou Le généreux courage de Bathilde rendait au gouvernement de Neustrie toute la force que la maladie du roi lui aurait fait perdre , et l'on raconte qu'elle contribua plus puissamment même qu'Erchinoald au renversement de l'usurpateur.

Vers la même époque , il y eut une grande famine dans les terres de la domination de Chlovis. Il devint nécessaire de pourvoir à la vie des pauvres. Mais leur nombre croissait chaque jour ; les ressources du fisc s'épuisaient , et les conjonctures ne favorisaient pas l'établissement d'un nouvel impôt. On se souvint des. richesses que Dagobert avait autrefois prodiguées pour l'embellissement de la basilique de Saint-Denis. La piété de Bathilde lui commandait bien de les respecter. Toutefois les misères du peuple étaiast extrêmes, la paix publique était menacée, et la religion,

jalouse , il est vrai , de ses pompes , les sacrifie pour-* tant avec libéralité au soulagement de ceux qui souffrent. Balhilde donc , Bathilde elle-même persuada à Chlovis le conseil qui s^exécuta. Cette voûte de pur argent , dont le tombeau des trois martyrs avait été recouvert, lui fut enlevée. L'usage en fut encore pieux et sacré , puisqu'elle adoudt quelque temps les dures privations des indigens et des pèlerins. De sages précautions furent prises, afin que rien ne fut détourné , et que le peuple n'en pût même pas avoir lé soupçon. Ce fut à OEgulf, à l'abbé de Saint-Denis lui* même, qu'on remit le soin de distribuer cette riche aumône.

Mais quand l'affreuse calamité se fut. arrêtée, et que des temps moins rigoureux furent arrivés , il fallut chercher les moyens , sinon de restituer à l'abbaye son imposante et précieuse décoration, au moins de lui en accorder un équitable dédommagement. On n'imagina rien de moins onéreux pour le fisc , et en même temps de plus profitable à cet établissement religieux , que de le placer dans une condition privilégiée, de le rendre indépendant même des évêques, de lé constituer maître exclusif et perpétuel , sans redevance ni partage , de toutes les choses qui étaient déjà en sa possession , ou qu'il pourrait encore acqué* rir. L'attention s'arrêterait à peine sur cette faveur, qui était presque une dette, si l'on n'y retrouvait quelque trace des limites que s'imposaient alors réciproquement les diverses puissances de l'Etat. Car le consentement de l'évêque du territoire était insuffisant

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