CHAPITRE V- BATmLDE
Dans le temps que Flaochat préparait sa dernière tentative contre Willebad, une mort prématurée avait enlevé à Chlovis l'utile appui de sa mère. Ceût été une irréparable perte pour ce prince , si la fortune , qui se plaît aux événemens bizarres , ne lui eût capri* cieusement réservé le dédommagement le plus imprévu. Une jeune fille , de race saxonne , avait été enlevée , sur les côtes d'Angleterre , par des pirates. Ce n'était encore qu'une enfant , mais en qui se mon^ traient déjà tous les premiers signes d'une éclatante beauté. Des marchands l'amenèrent à Paris , et la vendirent à Erchinoald. Avec le temps, ses traits se développèrent , sa beauté dépassa tout ce qu'on en avait espéré , son intelligence elle-n^ême s'éleva bien au-dessus de sa condition. On croit qu'Erchinoald avait eu d'abord quelque dessein de la faire servir à ses plaisirs. Mais Bathilde (c'était le nom de la jeune esclave) était élevée dans toute la sévérité de la loi chrétienne , et sa vie n'était qu'innocence et que pu -
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reté* Elle était d^ailleurs , on Tassure , du sang royal des Saxons : peut-être un généreux instinct de fierté secourait-il aussi et fortifiait-il sa vertu.
Un jour , Chlovis vint dans le palais d'Ërchinoald, et la vit. Ce prince , que Tamour des femmes ne dominait guère moins qu'il n'avait dominé son père , ^ conçut à l'instant le plus vif désir de la posséder. Forte encore de son inaltérable piété , Bathilde résista avec humilité, mais avec courage, refusantrde croire qu'il fût permis d'aimer , même les rois , autrement que de l'amour sainte qu'approuve et consacre la religion. Sa glorieuse constance fut récompensée. Erchinoald, ayant vu que la passion du roi ne s'épuisait point , espéra qu'elle pourrait avoir de la durée , et que Bathilde , sur qui il avait de l'empire , en exercerait à son tour sur le faible esprit de ce prince. 11 prit donc subitement la résolution de ne plus combattre un attachement dont son ambition pouvait prpfiter , et d'encourager même Chlovis à vaincre les chastes refus de l'esclave par le seul moyen qui eût désormais ce pouvoir. Le roisubjuguéreçut ce conseil avec joie , et ne tarda guère à le Siuivre. Il mit sa couronne au front de Bathilde , et il se trouva ija'une esclave , devenue reine a force de modestie et de vertu , était une grande et illustre reine.
Elle le fit bientôt voir ; car de tristes événemeus suivirent de près son élévation , et jamais sa constance, son activité, sa pénétration, ne se démentirent. Une affligeante maladie accabla le roi : sa raison s'affaiblissait prog^ressivement , et bientôt elle se perdit.