LIVRE IX
était fidèle, courageux et intelligent. Il eut des soupçons , et fut tellement attentif qu'il eut bientôt tout appris. Le festin était déjà commencé; se courbant vers son maître, comme pour mieux approcher la coupe qu'il lui apportait : « Prince , murmura-t-il, » veille sur toi ; » et puis il se tut. Mais à la coupe suivante , achevant ainsi qu'il avait commencé : a Ta » mort, Qontinua-t»il, est résolue. Demain, avant que B le jour soit venu, b Le prince entendait ; mais déguisant avec beaucoup d'art son émotion, aucun mouvement, aucun r^ard, aucune parole, ne la trahirent. Il persista, avec la même constance, jusqu'à la fin de la longue orgie, prenant en apparence sa part de joie, de bruit et de vin, et feignant même, quand il en fut temps , l'accablement et le langage insensé d'un homme ivre. Mais il n'avait pas si fidèlement imité leurs excès, et, quoique docile à toutes les provoca- . lions , sa large coupe d'argent , recouverte selon l'habitude des Lombards , ne s'était pas toujours emplie devin.
Il fallait fuir, et sur l'heure même ; car il n'y avait point d'autre salut.. Mais une garde nombreuse veillait aux portes du palais du princs, et la ville elle-même était enfermée de hauts et difficiles resaparts. Pertharithe avait conservé, dans sa mauvaise fortune, un fidèle ami et un serviteur dévoué. Puissant, vaincu, fugitif, ils ne s'étaient jamais séparés de lui. Chez les. Àv«rares, ils avaient suivi son exil; à Pavîe, ils partageaient sa captivité. Compagnons de tous ses malheurs, eux seuls pouvaient lui ^ider a prévenir celui qui le
menaçait. En un instant tout fut convenu. Perdiai*itbe se revêtit des modestes habits de son serviteur, et celui-ci, en échange, prit les vêlemens, le lit, le personnage de Perlharitbe. Il le devant représenter ivre, et dormant toutefois du sommeil pesant et bruyant* que donne le vin. Ces premiers arrangemens adievés, il se fit toul-à-coup un grand bruit dans les chambres voisines. C'étaient des cris , des plaintes , des injures ^ des menaces, des coups violens. Un homme vêtu de riches habits en repoussait , frappait , poursuivait -un autre couvert^ du grossier vêtement des esclaves. L'homme frappé était Pertharithe; celui qui frappait, son ami. Les gardes coururent et demandèrent la cause de ce tumulte. « Laissez-le moi châtier, leur » criait Hunulf (ainsi senommait l'ami de Pertharithe). 9 Ne vojez-vous point qu'il n^est pas moins ivre que » son maître? L'insolent prétend m'empêchér de sortir, » et que je pasise avec lui la nuit au chevet du prince, » pour les aider, apparemment tous deux, à cuver V leur vin. » Des rires bruyans répondirent à la colère d'Hunulf, et lui recommençant sa poursuite et ses violences, lé faux esclave, a son tour, recommença ses gémissemens et sa fuite. Ainsi gourmande, chassé, toujours menacé ou atteint de Timpitoyable bâton d'HunuIf, Pertharithe franchit enfin la dernière porte du palais, sans que les gardes, témoins satisfaits de son aventure, eussent eu d'autre idée que d'y applaudir.
Ce prince avait de zélés partisans dans la. ville. Il en chercha quelques-uns à la hâte ; courut avec eux aux remparts; en descendit avec le secours d'une