‹ Histoire des FrancsChapitre 118 sur 214 · LIVRE X (672). 2ô · texte numérisé non relu

LIVRE X (672). 2ô

ce prince lui avait promis. Le jour approchait , quand arriva subitement à Aut uni un homme de noble naissance, d'une prudence éprouvée, et qui s^était élevé au plus haut rang parmi ses pareils. Cet homme , qu'on nommait Victor, avait la dignité de patrice, et gouvernait l'importante cité de Marseille. Une assez nombreuse troupe de gens armés le .suivait. Lié d'une étroite amitié avec l'évêque, il avait entrepris , dit-on y ce long voyage , dans la seule pensée de réclamer son intervention pour le succès d'une demande importante qu'il avait dessein de soumettre au roi. Peutrêtre soupçonna-t-on que Léodgar, prévoyant les embûches qu'on pourrait lui tendre pendant le séjour de Childéric à Âutun , avait appelé le pàtrice pour imposer à ses ennemis , et le protéger contre leurs attaques. Quoi qu'il en soit, ce fut de cet incident même que l'on prit prétexte pour mener à fin l'odieuse trame qui se préparait. On révéla mystérieusement à Childéric que l'évêqûe formait contre lui les plus coupables desseins , et que Victor, qui y était engagé, était venu pour aider à l'exécution. 11 y avait un moine dans l'abbaye de Saint-Symphorien , qui s'était fait quelque réputation de savoir et de piété , et qui n'avait néanmoins que de l'ambition et de la cupidité dans le cœur. Le roi , frappé par les récits qu'on lui en faisait, le voulut entendre, et bien- !tôt , subjugué par l'artificieuse austérité de son lan* gage, il ne vit plus en lui qu'un saint homme, inspiré de la sagesse de Dieu. Ce moine s'était vendu aux accusateurs , et n'était inspiré que par leur haine.

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l\ conBrma audacieuseoient leur délation : il irrita dans Famé du prince la crainle et la colère qu'on y avait déjà allumées ; il approuva , avec d'hypocrites gémissemens , que Ton* prévint même par la mort de l'évêque , si ce malheur devenait nécessaire , les malheurs plu^ grands dont pu était menacé.

Ghildértc ne balançait plus; mais on eut bientôt surpris ce secret, et un autre moine, nommé Bertfaaire , en alla promptement donner avis à Léodgar. C'était le Iroisièmejour avant ta Pâque ; l'évêque , qui lie fléchissait pas aisément devant le péril , au lieu d'éviter celui-ci, le voulut éprouver sur l'heure, et crut plus facile de le détourner en lu bravant. Dès le lèn- -demain, il se vint présenter au roi , ne doutant point qu une si grande preuve de sécurité ne suffît pour effacer, dans l'esprit de ce prince, toutes les fausses impressions que d'absurdes récits y avaient laissées. Elles étaient plus profonde^ qu'il ne supposait. Bien loin que sa présence dissuadât Childéric, il n'y reconnut qu'un nouveau témoignage de dissimulation et de perfidie. Pendant que l'évêque croyait le convaincre par l'autorité d'un langage ferme et sincère, il ne réussissait qu'à redoubler son irritation. Bientôt ce fut de l'emportement , et bientôt même de la fureur. L'aveugle roi , perdant par degrés tout discernement et toute prudence , n'eut plus la force de résister à la funeste tentation qui le possédait. Il saisit ses armes , il s'écria, il allait frapper; mais on était accouru, et il s'arrêta. Un moment encore, et un saint évêque était tué de la main d'un roi.

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