‹ Histoire des FrancsChapitre 119 sur 214 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Léodgar cependani ne se laissa pas encore émouvoir. L'inflexible prêtre refusa d'abandonner son église, et il continua d'y solenniser les saintes cérémonies de ces fêtes avec la plus religieuse sérénité. Mais Childéric aussi s'obstiiiait dans ses préventions et dans sa colère. Quand vint la^inuit de la vigile de Pâque , il ne consentit point à se rendre dans la cathédrale , et préféra l'humble église du monastère de Saint-Symphorien. Ce fut là, et des mains du coupable moine, qu'il voulut recevoir la communion. Ensuite il se retira préçipilLamment, et cette pieuse veillée s'acheva pour lui dans les excès d'un festin splendide et licencieux. Au lev^rdujour, la lête échauffée par l'abondance du vin , il prit subitement une résolution toute nouvelle. Il alla à la cathédrale , et dès qu'il en eut dépassé la porte , élevant la voix du ton de l'impatience et de la menace , il répéta plusieurs fois, comme pour l'appeler, le nom de l'évéque. Aucune autre voix ne répondit d'abord à la sienne , car les fidèles étaieut alors assemblés aux fonts baptismaux. Mais il y parvint à son tour, faisant toujours retentir les mêmes cris et le même nom. En ce moment , revêtu des somptueux orneinens de son ministère, Léodgar se leva inopinément devant lui avec la plus imposante expression de confiance et de dignité , et du ton le plus ferme à la fois et le plus modeste : . a.Que te » plait-i(, Seigneur? lui dit-il ; me voici. » Ces simples paroles, ce peuple en prière, les chants, les parfums, l'éblouissante clarté des ciei^ges bénits , la pompe et l'éclat des cérémonies qui se célébraient, ont étonne et

confondu Cbildéric. 11 ne répond point et n'appelle plus. Il se tait , il s^éloîgpne , il sott rapidement de la basilique , et va dans la maison de l'évêque , résolu , àce qu'il semblait, d^attendrepatiemment son retour. Léodgar, toujours plus calme et plus grave, acheva fidèlement les offices sans les hâter, ni les ralentir. Sitôt qu'ils furent finis , il se sépara des autres évêques qui l'assistaient, et ne craignit point de paraître seul en la présence du roi. « Me voici , dit*il de nou- » veau à ce prince. Quelle cause a donc empêché mod » seigneur de venir avant les vigiles, et comment per- » siste*t-il, en de si saints jours, à se montrer irrité? » Cette fois , Cbildéric n'avait plus la même assurance. La persévérante tranquillité de Tévêqué troublait sa conviction , et n'irritait plus ses ressentimens. Pressé toutefois d^expliquer les motifs de son affligeante détermination , si sa voix fut moins acre 6t moins menaçante , ses paroles mêmes n'annopcèrent point de plus favorables volontés. « Il est vrai, » répondait-il invariablement à chaque question ; a ta fidélité m'est » suspecte. » Et quand l'évéque insistait , demandant pour quelle faute ou pour quelle offense ? « Pour de » bonnes et certaines causes, o disait mystérieusement Cbildéric.

Léodgar vit enfin qu'il n'y avait plus d'espérance, et que ses ennemis l'emportaient. C'était manifestement une résolution arrêtée : s'il différait de céder, on emploierait infailliblement la violence ; le patrice , qu'on associait à sa disgrâce , le serait à tous ses pé rils; les plus augustes fêtes de la religion, ils les ce-

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