CHAPITRE III
KESTÀURÀTION DE TBEODOAIG (673).
Le sort de Childéric n'avait pas été moins funeste. Wlfoald avait triomphé de, Léodgar ; mais les amis de Févéque , trop faibles dans les derniers temps pour le soutenir , ne le furent plus , après sa chute , pour résister à son successeur. Jamais il ne s'était vu tant de dissensions et de désordres ; jamais tant de provocations réciproques et de violences. Le prince, abandonné à ses brutales passions, menaçait, offensait , châtiait inconsidérément tous ceux dont il éprouvait ou craignait Fopposition ou le blâme. Au lieu de s'être appliqué, depuis la catastrophe d'Autun, à rassurer ceux dont elle inquiétait Tambition , on Feût dit occupé seulement à en augmenter le nombre. Toules les choses qui avaient été accordées pour prix du renversement de Théodoric, étaient en oubli. Plus de lois qu'on ne violât, plus de garanties que Ton daignât reconnaître, plus de promesses que Ton consentît à garder. On murmurait , on s'indignait , on menaçait hautement cette oppression par qui tant de droits et d'intérêts étaient menacés. Tout en présageait et hâtait le terme. Les mécontentemêns multipliaient les violences du prince ; les violences multipliaient les mécontentemêns.
Une occasion vint ; car il ne manquait plus qu'elle.
'On annonçait rétablissement prochain d\in nouTcl impôt. Bodillon , né noble , et de la race des Francs , osa représenter h Childéric l'injustice et Timprudence de cette entreprise. L'orgueil du roi fur blessé de sa hardiesse , et comme le Franc persistait , oubliant tout,;ie se souvenant ni de son origine, ni de son rang , ni de la loi qui les protégeait , ce prince insensé ne craignit pas de lui infliger le traitement des esclaves. Il le fit dépouiller, lier à un arbre, et battre de verges. Bodillon ressentit profondément cet outrage. Les leudes qui le partageaient avec lui partagèrent aussi ses ressentimens. On résolut la vengeance; on jura de venger les lois, Léodgar, Bodillon; d'exterminer Wlfoald; de punir le prince. Ingolbert et Aroalbert suscitèrent une sédition ; Bodillon, les secondant, prit les armes. Le roi ^tait alors dans sa maison de Livry; ils y pénétrèrent au moment qu'il revenait de la chasse , et le massacrèrent. La reine Bilichilde eut le même sort; son fils Dagobert ne fut pas non plus épargné; Daniel, son autre fils , fut le seul qui lui survécut. Wlfoald , qui eût dû préve* nir ces malheurs , eut au moins la prudence de s'y dérober. Il s'enfuit et alla mourir en Austrasie, lieu plus favorable pour lui , et oq il avait autrefois montré plus de modération et de prévoyance.
Ainsi finissait Childéric, victime des mêmes efforts Aoiïi il avait accepté le secours ; élevé tour à tour et renversé par les factions ; prince sans prudence, sans discernement , sans courage ; aussi faible que le plus faible de ceux de sa race » moins sage que le moins