‹ Histoire des FrancsChapitre 127 sur 214 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

le tuer. Mais le danger de Tenlreprise et les conseils de révêque dé Lyon l'en dissuadèrent. Il continua donc de dissimuler, et les deux troupes , en appa* rence amies , entrèrent ensemble et solennellement dans la ville. Le lendemain elles en sortirent ensemble encore, prenant toujours la même route, et se dirigeant toutes deux vers la résidence de Théodoric. Mais Ëbroin changeait déjà de pensée. Puisqu'il ne pouvait plus devancer révêr}ue p son premier dessein , S'il y persistait , ne le conduirait vraisemblablement qu'à sa perte. Car Léodgar, dont la troupe actuelle était plus considérable que la sienne, aurait une supériorité bien plus assurée encore quand il se serait réuni aux leudes de sa faction , qui s'empressaient déjà autour du prince ; et quelle apparence y avait-il , malgré la réconciliation de Luxeuil , qu'étant les plus forts , ils se laissassent disputer paisiblement la puissance? Ebroîn donc se sépara tout-à^coup de l'évêque, et abandonnant Tespérance de recouvrer immédiate- ,ment auprès de Théodoric la place qu'il y avait eue sous son premier règne , il alla dans les provinces plus reculées attendre que sa troupe s'étant grossie , il pût essayer de conquérir par les armes ce qu'elles seules avaient encore le pouvoir de lui donner.

Cependant on avait retiré Théodoric de l'abbaye de Saint-Denis, et on le saluait du nom de roi. Les leudes accouraient ; l'évêque arriva ; on renouvela la proclamation ; on agita l'importante question du choix d'un maire du palais ; Léodgar conseilla l'élection de Leudésie , fils d'Ërchinoald ; on accepta ce qu'il propo»

sait. Il se passa quelque temps. Bientôt reparut Ebroin ; une armce était avec lui. Il s'avança jusques à Pont-Saint-Maxence. En cet endroit, un poste nombreux défendait le passa^^e de TOise ; il enreloppa , surprit, égorgea le poste, traversa le fleuve, et précipita sa marche sur Saint-Cloud. C'était le lieu où se trouvaient alors Leudésie et Théodoric. Rien nV était préparé pour une sérieuse défense. Le prince et son maire du palais prirent la fuite, emportant toutefois avec eux le trésor royal. Ils s'enfermèrent d'abord dans le château de Baisieu , non loin de Corbie. Mais Ebroïn arrivait ; on ne pouvait encore faire résistance ; il fallut fuir de nouveau, et cette fois abandonner le trésor. Ils se retirèrent à Crécy.

La défense était enfin devenue plus facile. La position était forte; quelques troupes étaient réunies; des leudes amis étaient arrivés. Ebroïn comprit qu'il lui importait de se hâter, et cependant il doutait déjà qu'une attaque ouverte pât lui livrer Crécy et Théodoric. Le temps le pressant , et la force même allant lui manquer, il essaya de la ruse. Rien de plus décisif à ses yeux que d'ôter au roi Leudésie. Ce prince , dèsquil se verrait isolé, ne refuserait plus de se remettre en sa dépendance. Tel fut donc le but que se proposa Ebroïn. 11 demanda une entrevue à Leudésie. Il annonça le désir d'assembler un plaid , et de faire régler sans combat leurs communes prétentions. Le maire, homme timide et de faible pénétration, se laissa séduire par cette fausse générosité. Il consentit, sortit de Crécy, alla où devait l'attendre Ebroïn , et

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