‹ Histoire des FrancsChapitre 128 sur 214 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

n'y-trouva , chose infaillible , que des meurtriers et la mort.

Ebroin donc remportait encore ; mais pour peu de temps. Ce succès , qui lui en devait assurer tant d au» très, fut au contraire ce qui servit le plus à les lui ôter. Il n'eut de son crime que le crime méme^ et non les fruits. Indigné, peut-être efTrayé de sa trahison, Tbéodoric n^en fut que plus opiniâtre à le repousser. Ce ne fut pas inutilement : Ebroîn , déconcerté, me^ nacé , tout à Theure assiégé lui-même , se résigna enfin à quitter Crécy, et recula jusque sur les frontières d'Austrasie.

C'était la secondé fois que son ambition échouait depuis la mort de Chîldéric. Une ambition vulgaire se fût rebutée ; la sienne s'irrita contre les obstacles , et devint plus téméraire par ses défaites. Cet homme, dont la puissance ne s'était fondée, la première fois , que sur les droits de Théodoric , qui , récemment encore, essayant de la relever, ne lui avait point cherché d'autre base , maintenant que ce prince lui était devenu si contraire, ne craignit pas de tourner contre lui-même les derniers efforts de son désespoir et de son génie. Puisqu'il ne pouvait plus régner par lui, ce serait sans lui , et par d'autres. Un de ces desseins qu'on juge insensés s'ils échouent , qu'on proclame grands s'ils ont du succès ; un dessein ou le crime , quoique profond , cédait pourtant à l'audace, entra dans cet esprit à qui rien ne paraissait impossible pour triompher et pour se venger. Il supposa un prince nouveau ; il révéla un roi ignoré dont l'existence n'é-

tait même pas soupçonnée ; il montra à son armée un enfant qu'il appelait du nom de Cblovis. C'était le fils da dernier Chlotaire , disail-H , le neveu de Théodoric , le véritable héritier de la couronne de Neus^ trie ; le prii^ce injustement dépouillé , dont Childérîc et son frère avaient envahi Théritage. Sj. le crime qu'il dénonçait eût été réel , nul n'en eût été plus coupable que lui-même ; car il était maire du palais quand mourut Chlotaire , et c'était par lui que Tbéodoric avait été proclamé. Cette pensée ne l'arrêta point. Elle n'arrêta non plus ni les soldats , ni le peuple ; encore moips les bannis de la faction d'Ebroîn. Ils pro* * clamèrent résolument Chlovis III. Partout où l'on hésitait à le reconnaître y ils y contraignaient par la violence. Ils répandirent même le bruit de la mort de Tbéodoric , et cette fable ne fut pas plus difficile h accréditer que la mystérieuse disparition du fils inconnu de Chlotaire.

Les progrès étaient rapides/; mais , avant de tenter un dernier effort contre la personne même de Théo^ doric, Ebroïn voulait éprouver s'il n'y avait aucun moyen de lé rendre moins périlleux , sinon inutile. Il reconnaissait maintenant la faute qu'il avait commise, quand il avait jugé si avantageux de priver Théodorîc de Leudésie. Quels conseils et quels secours pour^ raient manquer à ce prince tant qu'il aurait ceux <ie Léodgar? Une seule chose était importante : séparer l'évêque et le roi. Il en eut l'occasion , et il la saisit. L'évéque était venu dans sa ville. Ebroïn, en ayant été averti , confia des troupes à Waimer, duc de Cham*

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