‹ Histoire des FrancsChapitre 129 sur 214 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

pagne, ei à Désiré , évéque de Châlons , leur donnant Tordre d'aller mellre le sîége devant Autun. Ils partirent. Au bruit de leur prochaine arrivée, on essaya de persuader à l'évêque de fuir et d'emporter ses richesses. Mais lui, de quelque espérance qu il fut animé, il rejeta ces conseils , disant : « Cest moi qui attire » le danger sur mon peuple ; qu^au moins je le partage » avec lui. » Faisant ensuite ouvrir son trésor, il distribua aux pauvres tout ce qu'il avait « même sa vaisselle d'argent , qu'il ordonna de briser pour faciliter le partage. Le peuple admira; et son zèle, çxcitépar de si merveilleuses largesses, permit d'espérer les efforts les {)lus généreux. Ces apparences ne furent point vaines. On se fortifia dans la ville ; on y appela tous les hommes que les campagnes voisines pouvaient fournir ; on ût avec intelligence et célérité de formidables préparatifs de défense. Le courage répondit à l'empressement. Sitôt que parut l'armée de Waimer et de Désiré , celle d'Autun , dédaignant d'attendre l'attaque, demanda de la prévenir. Elle quitta ses remparts , sortit de la ville, et alla porter elle-même la guerre qu'on lui apportait. Le combat fut sanglant et opiniâtre; c'était des deux parts une égale volonté de vaincre , une répugnance égale à céder. Tant que dura le jour on ne cessa point ; mais , la nuit venue , les troupes de la ville &o replièrent. Elleâ n'étaient pas vaincues ; elles n'avaient pas triomphé.

Le siège donc s'établit ; les attaques devenaient fréquentes ; la résistance se décourageait. « Faisons trêve » aux combats, leur dit l'évêque; s'ils ne sont venus

» qu'à cause de moi , je suis prêt à les satisfaire. Sa- • chons leurs desseins. » Ces paroles ouïes , on fît descendre du haut du rempart l'abbé Méroald, et celui-ci , quand il fut en présence des chefs ennemis , leur demanda quel prix ils mettaient à la délivrance de la ville; quelle rançon ils leur voulaient imposer? « Ta ville ne sera point délivrée, répondirent-ils, avant » le jour où Léodgar, remis en nos mains, aura lavé » de son sang nos vieilles injures; si ce n'est qu'il » veuille enfin se soumettre, et qu'il jure d'être comme » nous fidèle au roi Chlovis , h qui ce royaume appar- » tient. » £t eux-mêmes après avoir achevé, voulant donner quelque couleur de justice à leurs menaces , ils firent serment devant Méroald , que Théodoric était mort.

Lorsque Méroald eut rapporté leur réponse au saint évêque , celui-ci , sans délibérer et sans s'émou- Toir, fit entendre aussitôt ces généreuses paroles : « Qu'il soit connu de mes enneiuis , aussi bien que de » mes amis et de mes frères, qu'aussi long -temps que » Dieu me gardera vie , j'observerai, sans le rompre, » le serment que j'ai fait devant lui à Théodoric, Péi> risse nion corps par le glaive , plutôt que mon ame » soit souillée par la trahison ! » (1). Leçon mémorable , et que puîsse-t-elle retentir et fructifier I Mais bientôt les attaques recommencèrent; Tardeur des ennemis redoubla ; des nuées de traits , qui se succédaient sans relâche , repoussaient des remparts tous

(i) Vila sancli Leodcgarii.

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