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LIVRE X

jtisque-là des auxiliaires dans la faction des Pépin; maintenant il n'y comptait plus que des ennemis. Le danger lui parut pressant , et mériter qu'un puissant efjTort fût fait pour le surmonter. C'est pourquoi , ne se voulant fier qu'à lui-même , il alla prendre le commandement de son armée , et marcha pour attaquer sans plus de délai celle d'Austrasie. Celle-ci s'avançait comme elle , et ne montrait pas moins d'impatience. Tout faisait prévoir une prochaine et décisive action. Ce fut à Loixi qu'ils se rencontrèrent. L'impétuosité , l'acharnement , la confiance étaient semblables dans les deux partis, et chacun eut également l'avantage de faire essuyer d'immenses pertes au parti contraire. Mais , soit que l'habileté d'Ebroïn l'emportât , soit que la fortune seule en eût décidé, quand la fin du jour arriva, les troupes d'Austrasie montraient déjà de l'hésitation. Bientôt ce fut du désordre , et bientôt la fuite. La victoire, quoique chèrement achetée , demeurait cependant aux troupes de Théodoric.

Celte bataille perdue, les ducs se séparèrent. Pépin rentra dans l'intérieur de l'Austrasie pour la maintenir. Martin, pour arrêter Tennemi, se jeta dans la ville de Laon et s'y retrancha. Poursuivant d'abord ses succès, Ebroïn pénétra dans les provinces voisines et les abandonna sans pitié à la brutale avidité dés soldats. Mais changeant ensuite, et craignant que Martin, s'il s'engageait plus avant, ne vint assaillir les derrières de son armée, pendant que Pépin, avec des troupes nouvelles, l'attaquerait directement et de

front, il rétrograda et tourna sur Laon. La ville fut enveloppée, assiégée, pressée avec une grande vi* gueur. Toutefois elle résistait, le temps se perdait, et Pépin, à qui tout délai était favorable, lirait avantage de celui-ci pour se fortifier sur les bords du Rbin. Ëbroîn , quelque espoir que lui donnât Temploi de la force, pensa que la ruse, si elle abrégeait, lui serait bien plus profitable. Il délibéra de tenter Martin; d'éprouver si par des flatteries et par des promesses il ne pourrait pas obtenir qu'il cessât une défense inutile , et qu'il se détachât d'un parti dont la ruine , s'il persévérait, ne pourrait manquer d'entraîner la sienne. Il lui envoya donc le comte ^gilbert, et pour plus d'assurance encore , Heule , qui était évêque de Reims. Le duc , quoique la renommée d'Ebroïn lui fût bien connue , ne laissa pas d'écouter leurs propositiotis. Seulement , il voulait des gages, et quand ils eurent offert de jurer sur les reliques des saints, n'imaginant pas qu'un si redoutable serment pût être éludé, toutes ses craintes se-dissipèrent, et il ne contesta plus. L'évêque donc, et avec lui le comte i£gilbert, jurèrent solennellement les conditions accordées. Mais, abusant jusque dans une chose si sainte, de la candeur de leur ennemi, ils avaient eu la grossière adresse dé substituer de fausses reliques aux vraies , et ne doutaient point que leur fraude ne les garantit du reproche et des châtimèns du parjure. Martin cependant, fidèle aux engagemens contractés, sortit de la ville, en retira ses soldats, et vint avec eux au camp d'Ebroïn. Ils y étaient attendus par la

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