LIVRE X (681-C88.6a
avaient de fierté et aimaient la guerre, que son insouciante condescendance excita de nombreux mécontentemens, et que les sacrifices faits à son repos ne servirent au contraire qu'à le troubler. Il avait un fils qui se nommait Gislemar, homme artificieux , entreprenant, même habile ; prudent et réfléchi au conseil ; prompt et infatigable à l'exécution ; prodigue de ménagemens, s'ils lui devaient être profitables ; indocile a tout sentiment et à tout scrupule qui eussent gêné ses desseins. Gislemar secondait, soulageait, suppléait son père, dans les laborieux devoirs de sa dignité. C'était lui qui proposait et qui agissait. Il n'était pas .maire du palais, et sans lui on eût pu croire qu'on n'en avait point. Avec le temps une étrange ambition se développa dans cette ame ingrate et ardente. Il se lassa de cette condition élevée, si voisine de la première, mais qui toutefois n'était pas elle. Il dédaignait les fonctions n'ayant point le titre; il aspirait à la dégradation de son père.
Les circonstances le favorisaient; il emporta le prix de cette rivalité contre nature. Je ne doute point qu'il n'en faille rechercher la cause dans le regret , de jour en jour plus vif chez les leudes , du honteux traité fait avec Pépin. Aussi Gislemar ne tarda- t-il point à le rompre. A peine investi de sa nouvelle di- ^gnité , il assembla une armée , et se prépara à porter la guerre en Austrasie. Ce ne furent long-temps que pillages réciproques et alternatifs , succès partagés et pareils , combats sanglans et sans résultats. Enfin cependant les deux chefs se rencontrèrent, avec toutes •
2î)2 HISTOIRE DES FRA.NCS.
Içurs forces réunies, auprès de Nanaur. On eût cru qu^un engagemenl général était imminent et inévitable. Au lieu de cela , l'on ne vit d'abord que des négociations , des dispositions bienveillantes', d'heureuses apparences de paix. On touchait même à la conclusion , et Gislémar, de qui Ton exigeait des sermens , les avait déjà prononcés ; mais c'étaient autant de parjures, et ce long travail de réconciliation et de concorde n'était qu'une profonde trahison. Quand Toccasion qu'il préparait fut venue, et qu'à force de patience et de fraude il eut réussi à rendre la sécurité de Pépin bien complète, Gislémar, fondant inopinément sur cette armée , qui ne croyait plus avoir d'ennemis, remporta sans péril une facile. et peu glorieuse victoire. ..Le carnagq fut grand parmi les Anslîasiens ; plusieurs de leurs chefs succombèrent.
Le temps toutefois lie fut pas laissé à Gislémar pour recueillir les fruits de son triomphe. A peine en jouissait-il que tout lui fut ôté; jeune et victorieux , il mourut. Il était arrêté que tout ce qui s'élèverait contre Pépin tomberait. Warandon, tristement vengé de son (ils , recouvra un instant sa puissance ; mais la mort vint presque aussitôt , qui l'en dépouilla sans retour , et l'on n'eut pas sujet cette fois de se plaindre qu'il eût manqué d'activité et de prévoyance.
A qui allait échoir maintenant cette imposante tutelle de Théodoric? Ansflède, mère de Warandon , entreprit de la retenirdans sa.famille. C'était toujours l'ancienne tentative de Warnachaire et de Godin en Bourgogne, de Pepin-le-Vicux et de Grimoald eu