LIVRE XI
sang, capable comme lui de glorieux et vastes desseins. Deux flis étaient nés de leur union ; Drogon d'abord, à. qui Pépin confia radminislration de la Bourgogne; et après lui, Grimoald, homme religieux, bienveillant,. d'inclinations généreuses, qui succéda, quand Mortbert fut mort , à ses délicates fonctions , et revêtu par son père du titre apparent de maire du palais de Childebert , fut en efFet le surveillant de ce prince bien plus que son conseiller. Drogon mourut jeune; mais Grimoald vivait encore et était libre. Seulement il avait un fils, né d'une concubine; Théodoald , qu'une grande et étrange fortune atten-' dait.
Ce fut donc avec Grimoald que Pépin essaya d'enchaîner plus étroitement, par ses affections et ses in* téréls, le duc des Frisons. Ce duc avait une fille qu'il avait nommée Théodosine, et qui, moins opiniâtre que son père, s'était docilement convertie à la foi chrétienne. Pépin proposa qu'elle devînt la femme de son fils. Radbod Satisfait, mais non changé, accepta. Il donna sa fille et garda sa haine. Le Franc, qui croyait l'engager, n'engageait que lui.
Mais Pleclrude, quelque estime qu'elle inspirât à Pépin , ne conserva pas toujours aussi heureusement sa. tendresse. Une autre femme la lui disputa , et l'obtint. ]Elle se nommait Alpaïde , et elle était belle ; soti esprit aussi avait de là grâce. On dit que Pépin l'épousa , et que Pleclrude, dédaigneusement répudiée , ne reprit ses droits qu'après un long abandon. D'autres ont cru que, réduite à l'humble condition de
concubine (t), elle n^eut jamais d'autre rang. Sa faveur toutefois fut long-* temps sans rivale, et loule^puis^ santé. L'évéque Lambert la comballit inutilement, et du zèle le plus obstiné. Eut-il fallu tant dWforts, au plutôt les eût-on tentés , s'il se fût agi de cette union incomplète et subordonnée , qu'on tolérait encore en ce temps, et contre laquelle on eût manqué même de prétexte? Quel autre motif peut expliquer oe» C6n*> aures, si ce n'est l'irrégularité canonique d'tuie vraie et absolue union? Irrité de Tindiscret acharnement de révêque, le frère d'Âlpaïde l'attaqua à main armée, et le tua. 11 mourut lui-même à la vérité , peu de temps après , mais naturellement , et sans que Pépin eût «n* nonce le moindre désir de lui faire expier son crime. Ce cr4me impuni , cet assassinat d'un évéque , cette heureuse et téméraire vengeance, ne sont point d'une eoncubinô offensée; Alpaîde avait de plus nobles droits. Elle était mère d'ailleurs, et sa glorieuse fé» conditéfut une faveur du ciel pour la France; elle était mère de Chai*les*Martel (2).
(i) Frodoard fait d^Alpaïde une conoubîne et mémâ una esclave. (Hist.'de Véglise de Reims, 4iY. 3, ch. 12.) Mais ec chroniqueur D*ccrivait que dans le dixième siècle, et il se montre fort aolmé contre GIiarles-Martel, à qui saint Rigobert, cvêquc de Reims, yait refusé rentrée de cette ville, et que Ton punit peu après en Fespulsant àe son iiége.
Le second continuateur de Frédcgalre, lequel écrivait sous Tliéodo« rlc IV, c'est-à-dire au commcncemcht du huitième siècle, dit au contraire : «t Pepiu prit une seconde ixmue, koblb et belle, nomaé* Al* 9 païde. »
(2t) D'où vient ce nom de Martel ? On l*a fait venir de Mars , à cause des victoires de Charles } on l'a pris dans la signification de marteau 1
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yingt ans s^élaient écoulés au milieu de ees guerres et de ces éTénemens intérieurs. Les factions sommeillaient \ les élrang;ers pe provoquaient plus les ressentimens de Pépin ; lui-même r il ne recherchait plus les combats , inutiles désormais a sa sûreté. La France et son maître jouissaient d'un égal repos. Toùt-à-coup Cbildebert mourut. Sa vie, quoique cachée, ne l'avait pourtant pas été si «càctement que le peuple p'eût riap découvert de ses i^rtus. Il sut sa bonté , sa libéralité , sa droiture, et lui décerna le surnom de juste ; litre mille fois glorieux, s'il eut été mérité par de véritables et fréquentes actions de roi. Cette époque heureuse , et qu'il faut bien appeler son règne ^ avait dtiré seize années. Il avait un iBis, qui s^dppela Dagobert, et sur qui Pépin laissa retomber l'oisive et 9ervile grandeur de son père.