‹ Histoire des FrancsChapitre 16 sur 214 · LIVRE VI (eOO · texte numérisé non relu

LIVRE VI (eOO

de son pupille ; car il n^y avait aucune espérance d^a • paiser les ressentimens de BrunehauU , et la double régence de cette reine réunissait contre le royaume de Soissons toutes les forces de TAustrasie et de la Bour« gogne. Il fallait donc à tout prix , ou détruire cette régence, ou la diviser.

Brunehault pénétra le dessein de ses ennemis , et prit la résolution de les prévenir. Le plus ardent et le plus redoutable d'entre eux était le duc Wintrion, le même qui avait autrefois combattu contre les Lombards, et qui s'était laissé surprendre parFrédegonde, à Trouci. Ce fut sur lui, afin qu'elle eût plus d'éclat, que Brunehault fit courageusement tomber sa justice. Wintrion périt. Mais c'était trop de témérité ou trop peu. La faction, comme il arrive souvent, plus animée que découragée par cette indiscrète provocation , puisa dans ses périls mêmes de nouvelles forces. Elle dissimula d'abord quelque temps ; mais une année à peine passée, elle quitta ces ménagemens et se dé« clara. Son triomphe fut prompt et complet. Théodebert, faible prince (1), consentit aisément à sacrifier son aïeule. Celle-ci, vaincue et abandonnée, fut réduite à fuir.

On raconte, mais ce récit ne mérite aucune créance, que, trahie indistinctement par tous ses serviteurs et

(i) «Bilkbîlde, spiritaelle et chérie des Âuftrasiens , les d<Sdoinmageait du pauvre esprit de Théodebert. » (Frédegaire.) « Le saint ap6tre Léooîso, évéque de Mayeace, qui détestait XimbMl" ^'Itf de Tbéodebert. . . . « (/d^/n.)

tous ses amis , elle réussit néanmoins à se dérchetf mais seule et dans un dénuement absolu» aux furieux qui la poursuivaient. Elle arriva ainsi» continue-t-on» toujours délaissée et soutenue par la seule Force de son courage, jusqu^auprès de la petite ville d^Vrcis* Reconnue enGn et recueillie par un malheureux vil** lageois, elle se fit conduire à la cour de Tbéodoric. Bientôt après, le siège d'Auxerre étant devenu vacant, elle en récompensa la fidélité de son guide ^ et fit témérairement d'un paysan grossier un évé* que.

Celte absurde histoire a été trop fréquemment répétée pour qu'il fût permis de Tometlre. Mais elle est aussi trop évidemment fabuleuse pour qu'il soit possible d'y ajouter foi. Elle a ému et flatté les arts ; elle a trouvé crédit parmi les poêles et les peintres : cbose naturelle et dont il ne faut pas s'étonner. Ces profondes chutes, ces élévations soudaines et contre nature ; ces reines qui tombent en un jour de toule la hauteur de la puissance dans la misère; ces pâtres qui montent au même moment de leur misère aux plus imposantes et plus inaccessibles dignités; de si merveilleux rapprochemens , de si étranges et frappans contrastes sont en effet pour entraîner les imaginations faciles et inattentives. Mais la sévère raison de l'historien ne cède pas aussi aisément à ces séductions* Ici les invraisemblances abondent. Qu'est-il besoin cependant de les expliquer? Un fait suffira : Didier, qui fut fait alors évéque dWuxerre, était rhomme le plus riche et le plus considérable de

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