LIVRE XI (7I6-7I
fausse opinion que, 1% capitale conquise, le reste se soumeltrait plus faciieraent , les abusèrent. Ils allérent épuiser, devant une ville puissante et courageusement défendue, plus de temps et de force qu'il nen eût fallu pour anéantir, en s^attachant à sa trace , les dernières ressources de Charles-Mari el. Plusieui'S attaques furent successivement repoussées , et Ton Gomûiençait à se rebuter. L'hiver survenait ; l'impatience des Frisons devenait importune et inquiétante; on fut réduit à se réjouir, lorsque Pleclrude, effrayée des dangers qui la menaçaient , proposa de se racheter et la ville avec elle, au prix d'une assez notable portion des trésors que Pépin lui avait laissés.
Ce traité conclu , les deux alliés se séparèrent , et la saison cessant d'être favorable , ils rétrogradèrent , chargés de dépouilles , l'un vers la Frise, l'autre en Neustrie. Charles, impuissant pour une attaque plus sérieuse et plus régulière, ne laissait pas de les suivre, de les fatiguer, de les surprendre même quelquefois dans leur retraite. Tout-à-coup abandonnant et dédaignant les Frisons, il tourne vers les Neustriens, et S€ jette , sur leurs pas , dans l'immense forêt des Ardeïines, lieu plus favorable pour les entreprises furtives, tes seules que lui permît sa faiblesse.
Non loin de l'abbaye de Stavelo, était une maison l'oyale , bâtie sur une colline au pied de laquelle coulait la petite rivière d'Amblef. C'était une position assez forte, où pouvait être un camp avantageusement établi, et où l'on avait 5ujet de prévoir que Chilpéric s'arrâlerait au retour. Charles- Martel, l'esprit oc- II. 22
cupé de cette espérance, s'était avancé secrètement el k là faveur des bois jusqu'à la colline. Une troupe choisie, mais peu nombreuse, était avec lui. Ce qu'il attendait arriva : les Neustriens campèrent en effet à Amblef. Rassurés contre toute attaque, et pleins de ridée qu'une grande distance les séparait maintenant de leurs ennemis, ils négligeaient inconsidérément les précautions d^usage a la guerre , cherchant le re^ pos , rejetant leurs armes , et se plongeant à Ten vi dans la débauche ou dans le sommeil. Charles, caché sur une roche élevée, dominait le camp et voyait avec Joie cette confusion. Pendant qu'observant et réfléchissant , il combinait de quelle façon il en pourrait tirer avantage , un dé ses soldats ^ homme intelligent et audacieux , vint s'offrir à lui, disant : « Ecoute , et » accepte. J'irai à eux ; j'aurai le langage d'un trans^ » fuge ; je leur dirai que tu viens; que l'armée entière » te suit ; qu'elle se hâte pour les surprendre ; qu'ils » vont être à l'inslant même assaillis. Ils s-effraieront » et s'empresseront ; la précipitation et la peur redou- » bleront le désordre. Tu viendras alors. »
Charles doutait ; mais le soldat sut vaincre ses dotites ; et commeil avait dit, il^écuta. llpàrtit, entra dans le camp, annonça les Austrasiens,les affîrmanom^ breux, mit tout en alarmes. On fut étonné, troublé, saisi d'épouvante. On s'agitait sans agir ; on délibérait sans résoudre ; on niait le péril , et l'on y croyait. En ce moment parut Charles. Ses troupes, qu'il avait di* visées malgré leur faiblesse , menaçaient k la fois toutes les pointes du camp. A cette vue , on n'hésita plus