LIVRE XI
chez les Neustriens ; on crut sans réserve à la fidélité du transfuge ; on fut convaincu que toute l'armée des- Austrasiens arrivait. Rien cependant n'avait été prévu pour la défense ; rien n'était prêt , et les courages en* core moins que les armes. Un seul sentiment dominait : la terreur; une seule espérance : la fuite. On se précipitait , mais pour échapper à Tennemi , non pour Tarréter. Jamais triomphe pins prompt , moins contesté, plus complet. D'où l'exemple aurait dû venir, du discernement et de la constance , venait celui de l'aveuglement et de la peur. Au premier rang des fugitifs étaient ie roi même , le maire du palais , tous les chefs. Charles pénétra dans le camp presque sans combattre , recueillît un immense butin sans le disputer, vainquit sans effort , mais non sans fruit nî sans gloire.
Les résultats de ce succès furent plus heureux encore que lui-même. Charles victorieux redevint puissant. L'Austrasie découragée se réveilla au bruit de sa gloire. L'enthousiasme, qui s'était éteint après la bataille perdue contre les Frisons , se ralluma plus ai dent et plus général qu'il n'avait été. Les Frisons eux-mêmes, s'ils ne renoncèrent pas tout d'abord à leur alliance avec la Nenstriey en remplirent du moins plus négligemment les devoirs. Satisfaits de ce qu'ils venaient d'obtenir, ils craignaient pluâ de le perdre qu'ils ne souhaitaient de l'accroître. Charles avait déjà moins d'ennemis , et bien plus de forces pour combattre ceux qui lui restaient. Les soldats accouraient
en foule sous ses enseignes ; et son armée , si faible et
3iO HISTOIRE DES FRANCS.
si réduite avant la victoire d^Ainblef , devint par elle formidable.
Le printemps revenu, les rôles changèrent. Charles, qui se défendait seulement , et avec une si dangereuse infériorilé, se fit agresseur. Il entra en Neustrie, et s'étendit jusques à Cambrai. Bientôt Chilpéric et Raganfried arrivèrent, menant avec eux une forte armée , bien supérieure par le nombre à celle des Austrasiens. La bataille ne se pouvait plus éviter. On la prévoyait terrible; on l'espéràît et on la craignait décisive. Charles , avant qu'elle s'engageât , proposa la paix, ou plutôt voulut la dicter, a Qu'on rétablit » toutes choses telles qu'elles étaient au temps de Pe- D pin ; qu'on lui rendit l'autorité de son père ; qu'on » lui remît, comme à lui, le gouvernement de la Neus- D trie et de l'Austrasie : à ces conditions, il ne serait » plus ennemi, d Qu'eùt-il prétendu de plus après la victoire? Mais Chilpéric, à son tour : « Qu'il se soui> mette, dit-il , et pose les armes; qu'il restitue l'Aus- » trasie, enlevée aux miens par son père : à ce prix , » il aura paix et pardon. i> Des deux côtés, les prétentions étaient semblables et éffalement avouées : c'était de l'empire qu'il était question.
Il fallut combattre. Ce fut à Vinci que se représenta ce drame sanglant. On dit que les Neustriens , honteux de leur déroute d'Amblef, firent de côurageux efforts pour la venger. On rapporte qu'immobiles, et toujours défiant les attaqués réitérées de l'ennemi, ils lui firent éprouver d'incroyables perles. Ils furent vaincus cependant. La fortune, l'habileté,