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LIVRE XI

la persévérance de Charles remportèrent. Il fit payer à la fin, et d^un carnage plus grand, celui qu'il avait été d^abord contraint de souffrir. Pour la seconde fois, Chilpéric fuyait devant lui. La luUe semblait approcher de son terme; l'arrêt du sort commençait a se déclarer.

Profitant de ses avantages , Charles avait suivi les Neustriens dans leur retraite , et s'était rapidement avancé jusqu'aux portes de Paris. Mais affaibli par sa victoire elle-même, il craignît de s'engager plus avant, et rétrograda. Plectrude d'ailleurs l'occupait. Il s'inquiétait des desseins qu'elle pourrait former en Âus- Irasie , pendant qu'il s'obstinerait à la poursuite éloignée de Raganfried et de Chilpéric. Il jugea plus sage d'affermir d'abord son autorité chez les siens, de faire cesser cette double domination qui les divisait, de tenter enfin, pour dernier trophée, la possession de Cologne el des trésors qu'elle renfermait. Il marcha donc vm cette cité. Plectrude, à qui le succès de ses négociations avec Chilpéric et Radbod faisait espérer une conciliation plus facile encore avec Charles, eut recours de nouveau aux mêmes moyens , et offrit de l'or. Charles ne refusa point. Il accueillit au contraire , avec une bienveillance affectée, les médiateurs qu'elle lui avait envoyés. Mais pendant qu'ils négociaient, ses émissaires, répandus déjà dans la ville, sollicitaient le peuple contre Plectrude, et le provoquaient à la sédition. La gloire de Charles , les droits recueillis de son père , l'humiliante oppression d'une femme retenant sans litre un rang usurpé, tout se*

condait 6t justifiait leurs efforts. Ils réussirent et persuadèrent. On se souleva; Charles accourut; les portes s^ouvrirent ; Plectrude, prisonnière à son tour de son prisonnier, tomba au pouvoir du fils d'Aïpaide.

Enfin, possesseur de tout le royaume, Charles eut la pensée de légitimer son pouvoir. Il convoqua les grands à Cologne , et quoiqu'il en eût déjà , dit-on , pris le titre , il se fit proclamer par eux duc d'Austrasie. Mais il fit plus : soit qu'il prévît des dissensions |8t se défiât encore de son ascendant , soit que , déterminé qu'il était à poursuivre ses premiers desseins contre la Neustrie, il reconnût la nécessité, d'opposer a Cbilpéric un compétiteur dont les titres fussent plus apparens aux yeux du peuple que ne pourraient être les siens, il tira de l'obscurité un fils oublié de Théodortc, et l'éleva inopinément sur le trône, si long-temps abandonné , de TAustrasie. Getait Chlotaire (1), le troisième fils de ce prince. *

Il y eut donc encore deux rois, deux Etats ^ une nouvelle division de la France. Mais celle-ci^ bien difféi'ente de celles qui avaient précédé , n'était ni consentie , ni définitive. On l'établissait momentanément ^ pour mieux la détruire. On créait un second roi, qui devait , croyait-on , être bientôt, seul. Et de même qu'on ne l'élevait que pour supplanter le premier, celui-ci , à son tour, le méconnaissait, et n'aspirait qu'à le supplanter. C'était un partage d'étrange sorte , et

(i) Chiotaire IV.

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