LIVRE Xi
Eudes accepta et promit. Passant donc la Loive, îl alla conduire à Chilperic et à Raganfried son armée de révoltés. La jonction faite, on marcha, on suivit la direction de Reims, on s^avança rapidement vers TAuslrasie. Mais quelle que fût leur célérité, celle de Charles fut encore plus grande ; ils étaient prévenus, croyant prévenir. Comme ils allaient arriver. a Reims , ils trouvèrent que Charles Favait déjà dépassée. Leur étonnement fut extrême , et à la guerre on va prompt'ement de la suprise à la peur. Voisins du péril, quand ils le jugeaient éloigné, forcés de combattre avant de l'avoir prévu, un changement si soudain en fit de soudains aussi dans leurs séntimens. On perdit à Tinstant cette conviction de supériorité , jusque-là si profonde et si générale. On hésita, on fut ébranlé: on douta de vaincre, on était vaincu.
» et Raganfredus legationem ad Eudonem dacem dirigunt, auxiliuni pos- » turanteS) rogant, begh.uu et munera tradcîvt. »
Begnum signifie quelquefois, chez ies historiens du Bas-Empire, couronne seulement, sans aucune idée de souveraineté. Aussi a-t-on hésité sur le sens de cette expression, dans le récit des conditions offertes à Eudes.
A mon avis la chose s'explique assez clairement par le don lui«uiéme , et par les circonstances qui l'accompagnent. Chilperic n^e&t pas envoyé une couronne en signe de sujétion et de dépendance. Outre cela, il priait — rogant ; il négociait — legationem dirigunt ; il priait un chef devenu puissant et qui avait déjà proclamé son indépendance. Pouvait-il la lai dénier, quand il avait un si pressant besoin de son appui? Ce consentement p'était-il pas la plus naturelle .et la plus inévitable condition d*une alliance sollicitée dans des conjonctures si défavorables ?
Voyez au reste les tomes î et V de V Histoire de V^Jcadéinie des Ins^ cii'ptions ; édit. in-ij.
Ce oe .ftit en effet qu^une misérable jinag;e de bataille. A peine s*il fut nécessaire d'un premier efTort skux Austrasiens. Sitôt qu'ils marchèrent, tout ce qui était devant eux disparut. On se rompait chez les Neustriens avant que de l'être. On eût dit le signal du combat donné pour la fuite; on eût dit un défi entre les soldats de Chilpéric et de Eudes à qui gagnerait le plus de honte, et montrerait le plus de lâcheté. Charles n'eut plus qu'à poursuivre; les chemins lui étaient ouverts. Il vint à Paris ; Chilpéric s'enfuit. Il s'avança jusqu'à Orléans; Chilpéric recula encore. Ce malheureux roi, dont la fortune trahissait si obstinément le courage , n'avait plus d'asile que sur les terres du duc d'Aquitaine. Il accepta , ne pouvant choisir, cette extrême et dangereuse ressource, s'estimant heureux dans sa détresse d'avoir préservé ses trésors.
Charles n'était pas préparé pour une expédition nouvelle et lointaine. Sa témérité, toujouirs mesurée, savait attendre et se contenir. Il s'arrêta donc à la Loire et épargna l'Aquitaine , satisfait pour celte fois de la conquête déjà obtenue , et moins empressé de l'étendre que d'y affermir son autorité. Chlotaire d'ailleurs, cette ombre de roi qu'il avait, la précédente année, élevé au trône d'Austrasie » achevait inopinément son inutile vie et son règne. Aurait-il un successeur, et lequel? Charles, au pouvoir de qui tombait enfin la Neustrie , diviserait-il de nouveau ces royaumes quand sa victoire venait de les réunir? Imposerait-il volontairement d'inutiles obstacles à son am-