LIVRE XI (718-72J
bidon? C'était unç importante délibération toutefois, et qui eût difficilement permis son absence.
Mais rhiver passé et ces soins remplis, il reprit ses desseins interrompus <!ontre Eudes. Déjà son armée se réunissait, prête à marcher une seconde fois sur la Loire. L'entreprise cependant ayant des périls , et la IN eustrie , qu'il laisserait derrière lui , n'étant encore qu'imparfaitement apaisée, il voulut tenter si h crainte ne pourrait pas, sans la force, lui faire obtenir les principaux avantages qu'il se proposait. Eudes , que sa propre puissance rendait déjà redoutable, Tétait encore plus par la présence et l'assentiment du roi de Neuslrîe. Qu'il réussît à le séparer de ce prince; ce serait pour le temps présent un succès assez favorable. Isolé ensuite et réduit à ses seules forces, Eudes, quand le jour en serait venu, résisterait difficilement.
Charles donc , ses préparatifs étant terminés , adressa des envoyés au duc d'Aquitaine,, et renouvelant l'exemple donné à Cambrai , pour consentir à ne pas commencer la guerre il en exigeait le prix et le fruit. « 11 irait, il triompherait, il porterait le fer et le n feu sur toutes les terres de son ennemi. Si pourtant, craignant ces malheurs, le duc prévoyant souhaitait » de les détourner, il en avait les moyens. Qu'il » rendit son roi à la Neustrie; qu'il y renvoyât les » trésors dont on l'avait dépouillée. On n'attendait » rien de plus. Il garderait l'Aquitaine ; Charles n'a- )> vatt nul dessein de la lui ôter. »
Eudes hésitait; car, sans tenir compte de In trahi-
son, Tavenir se montrait à lui plus menaçant encore après ce traité, et plus dangereux. Il consentit cependant, et trouva plus sûr de désarmer Charles que d^entrer eu lutte avec lui. Deux fois inBdèle à ChiU péric, ainsi qu'il s'était révolté contre sa puissance, il viola la foi due à son malheur. Il le livra, lui son hôte et son maître, à ses ennemis ; il s'en fit lâchement un gage de sûreté et de paix; il l'envoya captif et dépouillé, comme l'ordonnait J'heureux Charles , a qui ses menaces tenaient déjà lieu de victoires.
Depuis ce jour, Chilpéric ne fut plus , entre les mains du duc d'Austrasie, que ce qu'avaient été pour Pépin, Théodoric et ses fils , après la bataille de Tes^ tri. Là s'arrêtait le dernier effort des leudes deNeu«trie pour lïndépendance de leurs anciens rois , et l'usurpation, retardée un moment au combat de Cuise, reprenait son paisible cours. £n même temps s'effaçait le partage apparent et momentané qui s'était fait pour Chlotaire. On ne donnait point de successeur à ce prince. Chilpéric, roi seulement par le tilre, était du moins le seul roi.
Ce ne fut pas pour long-temps. Relégué par Charles à Noyon , il n'eut que peu de mois à souffrir de sa dégradation et de ses regrets. Sa vie finit; son règne l'était avant elle. Au moins ce règne, s'il avait été malheureux, avait-il eu de la dignité, de la générosité , quelque chose de cet éclat que répandent les grandes actions, même impuissantes, même funestes. Chilpéric, trahi par le sort, ne s'était pas lui-même trahi. Il fut vaincu , mais il combattit ; il succomba,