LIVRE XI
mais en résistant; il cessa d*êlre roî, mais non sans l'avoir été. Il entretint , d'un vrai courage de roi , celte fugitive lueur de vie , que jetait en s'épuisant la vieille monarchie de Chlovis. L'habileté lui manqua peut-être ; le cœur ne lui faillit point. Le temps où il vint luiétail contraire; il fut contraire et supérieur à son temps. Il se trouva trop faible et pas assez grand pour son ennemi ; cet ennemi était Charles- Martel.
Chilpéric n'avait point de fils. Après lui on revint à la branche de Théodoric , plus favorable, à ce qu'il semble, aux Pépin, et que leurs adversaires avaient écartée. On alla chercher dans l'abbave de Chelles, où il était élevé , un jeune prince , enfant de Dagobert III. Ce fut sur ce faible front que Charles posa la triple couronne des Francs. Ce fut de quelle grossière et vaine apparence de droit il affecta de voiler sa. domination. Le nouveau roi portait, comme son aïeul, le nom de Théodoric (1), et devint comme lui l'instrument des spoliateurs de sa race.
(i) Franc! verô Theiiderîcum^ Cala monasterio enutritam, filium Dagoberti junioris, regem super se statuunt, qui usquè nuac in regno subsistil. {Gesta reg. Franc.)
Je donroe uniformément, comme on a pu le voir, le nom de Théodoric àquelqae9-runs de nos rois, que plusieurs historiens mo4€^rnes ont appelés Thierry. C'est que je ne sais aucun moyen de traduire plus exactement le Theudertcus ou le Theodoricus des vieilles chartes et des chroniques contemporaines. C'est aussi que je ne trouve ni utile, ni satisfaisant, d'avoir à la fois deux manières différentes de rendre ce mot, Xta* duisant, comme on le fuit, par Théodoric, le Theodorûus des Ostrogotbs, des Saxons, ou des Bretons, et par Thieri*}* le Theodoricus d'Aws- Irasici ou de Neustrie, ou de Bourgogne.
352 HISTOIRE DES FHANCS.
et, victorieux du nouvel ennemi qui le retenait, il se montra aussitôt, plus puissant et plus implacable, à cet ancien ennemi. 11 en fut encore cette fois de leur résistance comme il en avait été de la première. Leur courage aveugle et impatient soutint faiblement 1 ef* fort des soldats éprouvés de Charles. Ils s enfuirent, laissant au vainqueur de nombreux captifs, et jon^ chant de cadavres le long chemin de leur fuil-e. Leâ Francs entrèrent sur cette sanglante trace dans leur pays, que nulle armée ne défendait plus. Ils y érigèrent d^efProyables trophées de ruines ; ils y promené^ rent le fer et le feu. Enfin cependant Charles se lassa^ régla des tributs , reçut des otages , et laissa à cette terre désolée une paix sinistre, aussi difficile à garder qu^impossible a rompre.
Après sa première victoire contre les Saxons , le duc voulant assurer toute la frontière germaine de PAustrasie et ne laisser impunie aucune des insultes faites pendant les troubles passés, avait décidé qu% leur tour les Allemands subiraient sa vengeapce. Il passa le Rhin , ensuite le Mein, chercha leur armée , la défit sans peine, leur dicta la paix et les assujettit au tribut. Passant outre, il tourna contre les Suéves, entra sur leurs terres, combattit.de nouveau, triompha encore, et força ce peuple à recîevoir le joug qu'il lui apportait. Poursuivant toujours , il arriva au Danube, traversa le fleuve , pénétra chez les Bavarois , exerça d^affreuses dévastations sur leur territoire, les mit en fuite quand ils osèrent combattre, et .se laissant enfin persuader de les recevoir dans {^on alliance.