LIVRE XI
et exercées à vaincre. Bientôt il entra dans rAnjou , traversa , comme en courant , la province et la ravagea. Raganfried, trop faibLe pour les hasards d'une bataille, se réfugia dans Angers et s^ renferma. Charles suivit, entoura la ville et en fit le siège. Mais touché ou lassé peut-être par la constance de son ennemi, il lui offrit de généreuses conditions et le désarma. Chilpéric était déjà mort en ce temps. Raganfried, d'autant moins à craindre, ne pouvait plus affecter le titre de maire du palais de ce prince. Charles permit qu'il gardât celui de comte d'Anjou.
Cette expédition mise à fin , Charles se ressouvint des Saxons. Le tribut qu'ils ne payaient plus, les pillages qu'ils avaient commis , les terres dont ils s'étaient emparés , l'appui qu'ils avaient accordé à Raganfried, combien de causes pour cette guerre, quand il eût suffi de l'avantage intérieur qu'il s'y proposait? Il alla donc et tira de ce peuplie une édatante vengeance. Enveloppés , vaincus , mis en fuite , ils réfoulèrent de nouveau derrière le Weser, et rentrèrent sous la dépendance des Francs. Mais la foi des Saxons était fragile , et leur soumission toujours passagère. Ils obéirent tout le temps qu'ils le crurent nécessaire à leur sûreté. Mais quatid leurs pertes eurent élé réparées, leur courage et leur fierté s'éveillant , ils saisirent la première occasion qui s'offrit, et se soulevèrent. Charles alors engagé dans une guerre éloignée et plus dangereuse, eût pu difficilement opposer d'assez prompts obsta^cles à leur agression. Mais il revint,
S66 HISTOIAE DES FRANCS.
maient d'ailleurs le zèle de leur religion, lardèrent peu à revendiquer cette utile partie de leur domaine. Ils franchirent donc les montagnes avec une armée que r^tnir Zama conduisait. Mais, après avoir recouvré tout ce que les Wisigoths possédaient encore au temps de leur chute, Tardeur de conquérir les préoccupant, ils crurent facile d'envahir aussi ce que ce peuple avait possédé aux temps antérieurs. Franchissant la limite qui bornait de ce côté les contrées soumises au duc d'Aquitaine, ils avancèrent, et la terreur de leur nom favorisant leurs progrès, en peu de jours Toulouse les vit à ses portes. Celte ville, toutefois, ne se soumit point, et nendant que leur ardeur s'épuisait aux lenles attaques^'un siège, dont la persévérance des habitans renouvelait de jour en jour les difficultés , Eudes, hâtant ses préparatifs, achevait de réunir son armée, et marchait déjà pour arrêter Tinvasion. Toulouse résistait encore quand il arriva. A j)eine venu, il fallut combattre ; car les Sarrasins, accoutumés au succès, en étaient avides et impatiens. Mais les Gascons, plus heureux que les Wisigoths, trompèrent durement leur confiance. E^des vainquit, l'émir Zama fut tué, la ville était délivrée, les Sarrasins humiliés changeaient de dessein*
Ils firent la paix avec les Gascons. Mais bientôt après survinrent l'incursion de Charles en Aquitaine et ses deux victoires. Eudes, que rassurait faiblement le nouveau traité obtenu après sa défaite ; menacé de toutes parts àla fois, d'un côté par les Sarrasins, de Tautre par l'implacable duc de Neustrie, conçut la funeste