LIVRE XI (732-739). 3o
idée de chercher un appui parmi les premiers. Charles, il le voyait clairemient, n^aspirait qu'à lui reprendre FAquilainej aucune alliance n'était sincère avec lui^ Les Sarrasins au contraire devaient trouver préférable queFAquitaine fut indépendante, et qu'un voisin moins puissant et moins dangereux les séparât du redoutable empire des. Francs ^ Tunion formée avec eux serait garantie par leur intérêt. Un émir, venu de Maur ritanie, s!était signalé par de brillantes actions, durant la conquête, et exerçait maintenant une grande influence chez les Sarrasins. Son nom était Munuzaw Il commandait dans une partie considérable du nouvel £tal, et la plus rapprochée du territoire de Eudes. Ce fut à lui que le duc adressa ses propositions. L'émir accepta; mais au lieu d'une convention générale où son peuple s'engagerait tout entier, il substitua un pacte moins favorable et moins étendu où il ne stipu-* lait que pour lui-même. Encore ajouta-t^l une condition bien autrement étrange et fâcheuse v et que l'extrême nécessité de ses affaires contraignit cependant le duc de subir. Il demanda, lui enfant de TAfriqueet disciple de Mahomet, la fille de Eudes; Eudes la donna.
MaisTémir, quand il accordait en appaiience^un si favorable appui au duc d'Aquitaine, ne songeait en réalité qu'à s'en ménager un à lui-même pour les secrets desseins que son ambition méditait. Il aspirait à son tour, et comme Eudes, à l'indépendance. Peutêtre même avait-il Tespoir d'étendre par degrés sa domination sur toute l'Espagne , et de s'asseoir à la fin
sur le trône des rois wisigoths. Ces hautes et hasardeuses entreprises detnanderaîent long-temps d'être cachéesi et le sont toujours difficilement. Geile-ci, trop tôt connue chez les Sarrasins, souleva aussitôt un parti puissant contre Munuza. Abdérame, chef renommée réunit ses troupes , entra sur les terres du gouvernement de Témir, le pressa, Tenveloppa, Faccabla et le réduisit, pour dernière ressource, à se précipiter du haut d'un rocher. La fille du duc d'Aquitaine eut un sort dififérent, quoique aussi funeste : tombée aux mains d'Abdérame, elle fut envoyée à Damas et prostituée au harem du calife.
Car lés Sarrasins étaient informés de l'alliance que Eudes avait contractée avec Munuza, et ne doutant point qu'il n'eût secondé ou encouragé ses ambitieuses manœuvres , ils les confondaient tous deux dans la même haine. Aussi Abdérame différa-t-il peu la nouvelle vengeance qu'ils sollicitaient. Ayant assemblé une nombreuse et puissante armée, il franchit les montagnes , se répandit précipitamment sur le territoire des Gascons , renversa tout ce qui tentait d'arrêter sa marche, et, par un vaste chemin de désolation et de carnage, il arriva enfin jusques à Bordeaux. Cette ville tomba à son tour. Abdérame alors passa la Garonne, poursuivit toujours , trouva la Dordogne et la traversa. Mais en ce lieu campait le duc d'Aquitaine ; une bataille était nécessaire pour s'ouvrir de nouveaux chemins. Abdérame l'oflVit , l'engagea , fut victorieux , détruisit l'armée ennemie, et prît une signalée revanche de la défaite de Zama.