LIVRE XI (732-7:]î
V Eudes désespéré eut recours à Charles ; car quel autre espoir avait-il ? Charles , de son côté , l'accueillit; car l6s projets tQujours plus étendus d'Abdérarae menaçaient déjà toute la France , et le duc , malgré ses revers , était encore un important allié. Charles donc jugeant le péril , et prévoyant la nécessité d'un effort puissant , appela ses soldats des provinces germaines, de TAustrasie gauloise et de la Neustrie. Jamais armée si nombreuse et si formidable n'avait jusque-là marché avec lui.
Cependant les Sarrasins avançaient. Saintes avait péri, Limoges cédait; Poitiers, livrée au pillage, voyait le feu dévorer sa riche basilique de Saint-Hilaire. Rien n'était préservé ; l'épée ne distinguait et n'épargnait rien. On eût dit cette terre elle-même vouée à l'extermination. C'était comme une bataille de peuples, et un massacre qui ne cesserait qu'où manqueraient les êtres vivans. Charles vint enfin. Il avait passé Tours , et s'était établi , non loin de Poitiers» dans une position favorable. Eudes, de son côté, réduisant les débris de son armée vaincue , s'en était fait un corps de troupes légères qui , changeant chaque jour de poste et de mouvement, menaçaient incessament> et sur tous les points, les flancs de l'armée d'Abdérame. Sept jours ^tiers les Francs et les Sar« rasins s'observèrent, essayant seulement quelques attaques partielles et sans résultat. Mais à la huitième journée, les Sarrasins lassés quittèrent leur camp, n^ laissant après eux, pour la défense de leurs blessés , de leurs nombreuses femmes et de leur butin ,
qu'une faible garde. Charles attendait : l'attaque fut impétueuse , selon la coutume des Arabes ; mais elle fut tumultueuse aussi, et irrégulière, et ^inébranlable fermeté des soldats germains la rendit vaine. Abdérame, pour qui le nombre très-supérieur de ses troupes rendait ce premier désavantage peu considérable , la renouvela aussitôt , mais avec le même succès. Il revint encore , et fut encore repoussé. On vil long-temps se succéder de longues et profondes lignes d'Arabes qui, n'ayant pas encore comlMittu, venaient à leur tour, pleines d'ardeur et de confiance , se rompre et se disperser sous la francisque du soldai germain.
Charles cependant , malgré tant de tentatives surmontées, s^arrêtait encore et différait d'achever, par une défaite plus générale et plus décisive , cette perpétuelle succession de défaites. L'avantage de sa position le dissuadait d'en sortir, et l'inépuisable multitude de ses ennemis lui faisait craindre d'être enveloppé. Tout-k-coup un bruit effroyable, dominant même celui du combat , se fit entendre dans l'éloignement, du côté que les Sarrasins occupaient. Cëtait un sourd retentissement de voix confuses el tumultueuses. Eudes, arrivait; Eudes pénétrant entre la dernière ligne des Sarrasins et leur camp , s'était inopinément jeté sur la gardequi le défendait, et, après l'avoir accablée, prolongeait sur tes femmes et sur les blessés te massacre. L'armée d'Abdérame- s'émut; mais lui, sacrifiant tout autre soin à celui de vaincre, abandonna son camp aux fureurs de Eudes, et perse-