‹ Histoire des FrancsChapitre 174 sur 214 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

yéra jdans ses attaques toujours plus fréqueptes et plus acharnées contre les Francs. Ses:efforts toutcr fois, quoique dignes de son habileté et de son cou* rage, furent tous impuissans^t infructueux. Enfin le jour déclinant , et les dernières espérances étant épuisées , il s'avança généreusement au lieu où le com* bat était le plus. animé, et vint y chercher la seule gloire qui ne lui fût pas encore, refusée > une illustre mort.

Alors finit cette mémorable bataille qui fut le salut de Tempire franc. Les lieutenans d'Abdérame se retirèrent , quoique sans désordre et sans fuite , et Charles, toujours circonspect, ne troubla pas dV bord leur retraite. Ils retournèrent à leur camp; mais, à son aspect , leur consternation déjà si grande passa toute borne : ils le trouvaient, comme le champ d'où ils venaient de sortir, jonché de cadavres. Eudes n'y avait rien laissé de vivant. Us délibérèrent aussitôt, et âous Tinfluence des senrimens douloureux qui les oppressaient. Certains d'être attaqués, s'ils lardaient, dès que le jour serait revenu , les forces et la résolu'tion leur manquèrent pour cette difficile et douteuse épreuve. Ils s'éloignèrent , ou plutôt s'enfuirent sur l'heure même, évitant le bruit , laissant leurs tentes dressées, et n'emportant que leurs armes. Ce fut alors que commença pour eux leur plus véritable et plus funeste désastre. Cette longue fuite au travers de tant de contrées toutes ennemies , et devant les deux arjnées de Eudes et de Charles , et parmi ces populations soulevées que des malheurs si récens invitaient

à d'impitoyables représailles , quelle espérance leur pouTait*èlle inspirer? Ce fut à peine si de faibles débris échappèrent. On fait des récits fabuleux des pertes qu'essuya cette armée si long-temps florissante et victorieuse. Laissons ces absurdes supputations de massacres : elle périt; n'est-ce point assez (1)?

Gnq ans s'écoulèrent, et pendant ce temps, bien loin de renoncer à leurs espérances , les Sarrasins ne cessèrent d'en préparer le succès. Dans le Languedoc, dans la Provence , en Bourgogne même , ils se màiageaient des intelligences, et suscitaient des désordres précurseurs d'événemcns plus graves et plus favorables. Dès Tannée qui suivit la défaite d^Abdérame , Charles, appelé en Bourgogne par de premières révoltes , y vint avec une armée , châtia les rebelles , substitua des chefs moins douteux à ceux qui avaient déjà le commandement du pays, prit enfin toutes les mesures qu'un danger encore présent ou prochain pouvait conseiller.

Bientôt le duc d'Aquitaine mourut. Ses fils, si l'on en croit quelques historiens , inclinaient à renouveler l'ancienne alliance avec les Arabes. Charles les prévint. Il passa la Loire , se saisit de Poitiers , occupa Bordeaux, réduisit le château de Blaye, et néanmoins, traitant avec Hunoald , fils aîné de Eudes, il lui remit la plupart des villes qu'avait eues son père , à titre

(i) Paul diacre raconte sérieusement que, dans la bataille perdue par Abdérame , il mourut trois, cent soixante-quinze mille combattans du éôté des. Sarrasins.

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