LIVRE XI
recevoir, TodieusT traité s^exécuta religieusement. Charles aussitôt, le rapport lui en étant parvenu, envoie les premières troupes qu'il peut réunir, fait partir Childëbrand son frère avec elles , et lui prescrit d^investir diligemment la ville surprise , annonçant qu'il suivrait lui-même et ne tarderait pas. Il ne.tarda point en effet. L'atlaque fut prompte, habile, obstinée ; mais la résistance à son tour ne fut ni moins intelligente, ni moins active. De nombreuses machines battaient les remparts , de fréquens assauts y entretenaient des combats sanglans. Long-temps il fut incertain si la ville ne remporterait pas. Elle n'en eut pas la gloire pourtant. Un dernier assaut en ouvrit Taccès aux troupes de Charles. Le feu qui la dévora, le pillage qui la ruina , les massacres qui la dépeuplèrent, furent les seuls fruits de sa persévérance et de son courage.
Avignon vaincu , Charles poursuivit , et porta la guerre sur le tériloire même où les Sarrasins , successeurs des Wisigoths , étaient établis. Il vint à Narbonne, principale cité de leurs possessions dans les Gaules , résolu d'en faire le siège et de la soumettre. Pendant ce temps , les Sarrasins avaient rassemblé une forte armée en Espagne. A sa tête, était l'émir de Coifroue. Formée trop lard pour préserver Avignon, elle voulut au moins essayeur la déliijrance de Narbonne. En peu de jours sa flotte l'eut transportée à l'embouchure de la Bèze. Elle y descendit , et campa. Charles laissa le siège entrepris , et courut. Venir et combattre, attaquer et vaincre, ce ne fut pour lui
iM HISTOIRE DES FRANCS.
révolte, et voulut un instant proclamer un autre empereur. On réussit à lui faire abandonner ce dessein; mais Luitprand, qui régnait alors chez les Lombards, profitant d^un événement si favorable à son ambition, marcha aussitôt, s^ofTrit comme un protecteur à cette armée, déjà coupable quoique irrésolue, proposa et obtint que Ra'venne se donnât h lui , et ce fut comment une si importante ville fut perdue pour l'empire grec.
Grégoire II occupait en ce temps le siège de Rome. Consterné des changemens qu'entreprenait Tempereur, il convoqua un concile, lequel^ approuvant qu'on honorât les images , condamna l'édit qui le prohibait. Léon en fut profondément offensé, et comme il imputait d'ailleurs à Grégoire tous les soulèvemens qui se faisaient contre lui en Italie, il se laissa facilement entraîner à des résolutions violentes. Il envoya l'ordre h lexarque d'enlever le Pape , et de le faire conduire , comme autrefois Vigile , à Constantinople. Mais cet ordre rencontra des obstacles que Léon ne prévoyait pas. Luitprand annonça la volonté d'en empêcher l'exécution. L'armée grecque d'ailleurs refusa hautement d'obéir, et se déclara pour le pape.
Les choses h ce point , Grégoire mourut. Un autre Grégoire fut son successeur, prêtre courageux et non moins animé que lui contre les entreprises de Léon. Le nouveau pape assembla un nouveau concile. Rien n'était changé dans les sentimens des évêques ; le second concile , comme le premier, condamna inflexiblement l'empereur. Inflexible lui-même, et déplus