LIVRE XII
Saxons, des Frisons, des Bavarois, des Allemands, des Suèves ; vainqueur d'Àbdératne et des Sarrasins. Il gouverna la France selon les exemples de Pépin ; mais après que son épée la lui eut ouverte. Il Tenvahit; mais aussi il la délivra. Il s'éleva au-^dessus d'elle; mais il lui épargna l'irréparable malheur de passer sous le joug des Arabes. Il ta conserva glorieuse et chrétienne. Au nord, il assura ses frontières; au midi, il les étendit et les recula. Nulle part il ne lui laissa d'ennemis. Tous étaient vaincus; la plupart alliés, assujettis^ tributaires. Et sur quoi s'était appuyé ce dominateur pour monter à un si haut rang? Sur un droit dénié et douteux. Et quels furent ses premiers secours? Un peuple abattu et découragé. Et d'où sortait-il? De la prison de Plectrude.
Sa modération toutefois fut grande et sage envers cette femme ; sage et grande aussi envers Raganfried. Il ne s'écarta pas non plus en ce point de la politique de son père. Il n'en est qu'un seul où il s'en soit écarté, et la nécessité l'y encouragea, ou Ty contraignit. Pépin , si merveilleusement secondé dans sa lutte contre Berthaire, par les ressentimens des évéques, n'avait pu refuser après la victoire le prijt exig^ d'un si favorable secours. Appelé pour la protection des églises imprudemment dépouillées, la restitution de leurs biens était comme la première condition de ses succès. Il n'avait garde d'oter à ce pouvoir à peine établi son appui le plus certain et le plus utile. Il servait l'Eglise qui l'avait servi.
Charles au contraire, mal accueilli par les évéqoes
de Neustrie, n^était pas tenu dçs mêmes obligations: Il avait aussi d^autres intérêts. Quand il eut vaincu Raganfried, il trouva le fisc épuisé. .Tout s'était dissipéy terres et trésors ; tout avait été donné pour la guerre. Et cependant il devait un salaire à ses compagnons; il fallait des encouragemens à Tarmée, unique force qu'il eût. Quelles ressources trouver, si ce n'est celles dont on avait tant de fois fait usage (1 )? De qui reprendre les terres, si ce n'est de l'Eglise , à qui l'on en avait tant donné? Il en reprit donc, et abondamment, et sans discrétion. L'abus alla même à un point qui ne s'était jamais vu. Ce ne furent plus seulement les biens de l'Eglise^ mais ses dignités. On fit des plus saintes choses des récompenses de guerre; on vit des évêchés donnés en proie à des comtes (2).
(i) Ce n^était pas une chose si récente qu*OD Va quelquefois supposé, .l'en trouve un exemple dès le temps des premiers successeurs de Chlovis. a Le roi Chlotaire (Ghlotaire I^r*) avait ordonné que toutes les M églises de son royaume paieraient au fisc le tibbs de leurs revenus^ n Tous lesévéques, qupique contre leur gré, «iTaiént consenti et souscrit » tse décret. » ( Grégoire de Tours, lîv. 4* ) •
(2) « Plus audacieux que tous les rois ses prédécesseurs, il donna non* » seulement l'évêché de Reims, mais encore l>€aucoup d'autres du » royaume, à des laïques et à des contes. En sorte qu*ii ôta tout » pouvoir aux évoques sur les biens et sur les afpairbs des églises. » (Frodoard, wffisc. de V Eglise de Reimi^ liv. a, ch. 12.)
On lui a même attribué long-temps les dîmes inféodées. « Toutesfoit n ie ne fais nulle, doubte que ceste opinion ne soit fausse. » (Pasqnier, Rech.y liv. 3, ch. ^i.)
Montesquieu, d'ailleurs, prouve fort bien, ce me semble, que Jes dîmes elles-mêmes ne furent établies que par Cbarlemagne* ( £sp^ des Lois, liv. 3i, chap. 12. )
J'incline à penser comme lui, que l'établissement légal et régulier des dîmes eut précisément pour objet de dédommager les églises des pertes