‹ Histoire des FrancsChapitre 186 sur 214 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Il est vrai que Tinvasion des Sarrasins était survenue, et que , dans un péril si grand pour la religion , les clercs eussent pu difficilement disputer sur leurs sacrifîces. Ne cherchons point d'autres causes à leur patience (1). La crainte des Sarrasins avant leur défaîte, et celle de Charles lui-même après ses victoires, c'est d'où vint qu'on souffrit ces distributions, et qu'on différa de s'en plaindre.

Mais sa mort venue, on se dédommagea de cette contrainte. On se vengea , quand on y trouva plus de sûreté, sur sa mémoire. On voulait à la fois flétrir un ennemi qui n'effrayait plus y et effrayer ceux qui lui

qU^elles avaient éprouvées sous Charles-Martel. La restitution de leurs terres était devenue impossible.

(i) Montesquieu assigne bien d*au très causes au succès des entreprise*; de Charles-Martel sur les biens du clergé. « Le pape, à qui il étnit nécessaire, dit-il, lui tendait les bras : on sait la célèbre ambassade que

i> lui envoya Grégoire ill Le pnpe avait besoin des Francs pour le

» soutenir contre les Lombards et contre tes Grecs. » (Esprit des Lois^ liv. 3i, chap. ii.)

L'ambassade de Grégoire IIT prouve peu de chose pour des ferres reprises sous le pontificat de Grégoire H; une nmbassadc envoyée en 74i> peu de chose encore pour une disposition de biens consommée eh ^3i ; une ambassade arrivée l'année même de la mort de Charles, peij de choise pour la facilité qu'il trouva à dépouiller les églises en un temps où son administration n'était qu'a la moitié de son cours.

Le besoin d*être soutenu centre les Lombards ne prouve pas davantage, parce que la querelle de Grégoire et de Luitprand n'éclata qu'en 74o, neuf ans après la spoliation ; et le besoin d'être soutenu contre les Grecs n'est pas lui-môme une preuve plus concluante; car le pape n'eut recours aux Francs, pour se défendre des Grecs, que lorsque Luitprand eut cessé de le défendre, c'est-à-dire après leur rupture de 74^.

Je doute beaucoup d'ailleurs qu'en n3i l'autoritc des papes fût telle qu*elle pût aider les rois francs à reprendre les biens dont ils avaient enrichi les églises, et dissuader les ëvéques dé s*y opposer.

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