LIVRE XII
monastique effrayait, et qui ne voyait aucun autre moyen de s'y dérober, se laissa persuader aisément de persévérer malgré les refus de ses frères. Mais c'eut été peu de sa persistance, si ses actions nV avaient pas répondu. Achevant donc, et bravant jusqu'au bout Tautorité de Pépin et de Carloman, elle sort secrètement de Paris, passe le RJiin, atteint la Bavière, épouse le due, et, ennemie de ses frères, le rend comme elle ennemi.
Ce n^élait toutefois qu'un danger douteux et une menace éloignée. Une plus prochaine occasion de sollicitude était le débat qu'allait faire éclater la donation de Griffon. Il n'y avait aucune espérance que ce prince réduisit volontairementses vœux àun si modeste partage; aucune, qu'il s'abstînt de faire servir ce qu'il avait obtenu à lui acquérir ce qui avait été refusé. Ses frères à leur tour ne pouvaient se résoudre au démembrement de leurs Etats, qui en seraient affaiblis, ni à l'établissement d'une puissance rivale, qui troublerait incessamment leur sécurité. On ne pouvait éviter de rompre et d'agir, soit pour attaquer, si l'on se hâtait , soit pour se défendre, si peu que Ton différât.
Carloman et Pépin jugèrent plus avantageux de ne pas attendre^ Leur supériorité actuelle était excessive et les rendait arbitres de tout. Il fallait craindre, si le temps lui en était laissé, que Griffon cherchant et obtenant des auxiliaires, ses forces devinssent bientôt plus égales. Il fallait aussi, puisqu'on devait contester les dernières dispositions de Charles, ôter le droit d'objecter qu'on les eût jamais reconnues.. Un moyen
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s'offrait, favorable et apparemment infaillible; Carloman et Pépin ne le pouvaient pas négliger. lia convoquèrent les grands qui l'avaient été, l'année précédente, à Verberie; et iU leur dirent : a Qu'ils délibérassent, » qu'ils vissent si l'acte arraché par les obsessions de » Sonnéchilde devait l'emporter sur leur propre dé- » cision ; si le partage auquel ils avaient assisté 9 avait pu, sans eux, subir de si dangereux change* » mens ; si les forces de l'Austrasie et de la Neustrie n leur semblaient si grandes qu'il p'y eût, à leur avis, » aucune imprudence à les diviser ; $'ils approuvaient » l'élévation d'un prince nouveau qui déguisait si peu » ses inimitiés, et dont l'ambition troublerait bientôt « tout l'Ëtat ? »
On fut unanime. Aucune voix n'entreprit de justifier le second partage ; tous décidèrent que Griffon serait dépouillé. Il ne pouvait l'être que par les armes ; Carloman et Pépin n hésitèrent pas. Ils allèrent im> médiatement, et avec des troupes nombreuses, sommer les villes dont leur frère s'était emparé. Elles se rendirent. Griffon, provoqué bien avant qu'il l'eût prévu, n'avait encore réuni que peu de sold^its , et ^ quoiqu'il poursuivît dès ce temps de sérieuses négociations en Bavière et en Aquitaine, il n'en avait pu recueillir jusque-là que des espérances. Obligé de fuii\ lui qui n'aspirait qu'à combattre, il atteignit à grand peine la ville de L^aon, et s'y renferma, pour dernière ressource, avec Sonnéchilde. Mais sea frères suivirent. Bientôt la. place fut investie; bientôt le siège commencé; bientôt la résistance vaincue : il fallat