‹ Histoire des FrancsChapitre 196 sur 214 · LIVRE Xir · texte numérisé non relu

LIVRE Xir

gnaitle péril qu'il croyait dissipé et anéanti. Ces peuples se souvenaient de leurs fautes, lorsque, bravant tour à tour Pépin d'Héristal et son 61s, ils conviaient follement ces princes à d'infaillibles triomphes. Unis, ils eussent triomphé eux-mêmes ; divisés, ils ne pouvaient manquer d'élre vaincus. La récente catastrophe des- Allemands en était encore un éclatant témoignage. Elle prouvait de nouveau Fimprudence des agressions isolées contre les Francs et la nécessité des résistances combinées.

Cet événement donc, car telle était alors la propension des esprits , bien loin de déconcerter les desseins qui s'agitaient déjà chez les tributaires, les favorisa. On ne les embrassait nulle part avec plus d'ardeur qu'en Bavière. Hiltrude sollicitait incessamment Odilon, et Sonnéchilde^ du fond de son abbaye, incitait Hiltrude, On eût cru qu'il n'était question que de l'intérêt de ces peuples, et celui de Griffon, qui s'y mêlait secrètement, dominait.

Odilon, sa résolution étant arrêtée, demanda et obtint Fappui des Saxons. Il obtint aussi celui des Yé^ nèdes. Les Frisons, on ne sait pour quel motif, lui manquèrent. Mais les Allemands, plus oublieux de leurs sermens que de leurs malheurs, saisirent avec joie cette occasion de les venger, et promirent. C'était beaucoup ; Odilon voulait davantage. Il voulait d'autres alliés, de plus grandes forces, plus d'un théâtre de guerre. Il méditait sagement de contraindre les deux frères à se diviser. Hunoald pouvait l'y servir. 11 était, comme eux, fatigué du joug qu'on luijraposait.

Il avait de plus, ainsi que les Allemands, des humiliations, des défaites , des pertes récentes. Tout leur était commun avec lui ; les injures, les ressentimens, lambition. Pourquoi hésiterait-il? Il les seconderait; ils le seconderaient à son tour : Us auraient moins d'ennemis ; il en aurait moins : ils résisteraient plus facilement ; il combattrait avec plus de sécurité. Hunoald se laissa séduire, et jugeant en effet les propositions favorables, il y consentil.*

Un profond secret avait enveloppé cette dernière négociation ; mais les autres desseins d'Odilon avaient été bientôt pénétrés. Carloman et Pépin, sachant que leurs ennemis s'unissaient contre eux, s'unirent à leur tour, et se concertèrent. Les Francs prirent les armes dans les deux royaumes, et comme on n'avait en Neustrie aucune prévoyance de Tinfidélité d'Hunoald, ràrmée qui s'y rassembla marcha tout entière en Austrasie, croyant n'avoir à combattre qu'avec les peuples germains. Fidèles à leurs anciennes habitudes de guerre , les Francs se hâtaient , voulant attaquer, et jugeant désavantageux de se lais* ser prévenir. Leur jonction : faite, ils remontèrent quelque temps le Rhin , puis tournant vers la frontière des Bavarois, ils allèrent camper sur les bords du Lech. Odilon campait luiyméme de l'autre câté, dans une position formidable , protégée au-devant par le fleuve , et sur les flancs , par d'inabordables marais* Théodoric , duc des Saxons , et Théodald , duc , des Allemands , étaient avec lui. Les Francs hésitèrent; car le passage était périlleux, et le succès de l'attaque

Page 1