‹ Histoire des FrancsChapitre 201 sur 214 · ABDICATION. REUNION · texte numérisé non relu

ABDICATION. REUNION

Un événement se préparait , étrange , inattendu , presque inexplicable , et qui devait avoir sur la fortune de cet Etat la plus décisive influence. II allait se réunir de nouveau ; mais non plus par la mort , cette fois, ni. par la conquête. On allait voir une abdication volontaire et libre; une abdication comme il ne sVn était pas encore rencontré ; non personnelle seulement et de prince, mais collective et de race.

Carloman était jeune encore , et il avait un esprit élevé, un courage brillant, de la gloire. Ses peuples aimaient sa domination; ses ennemis, contraints au repos, avaient cessé de troubler le sien. Aucune adversité n'avait encore éprouvé sa vie ; aucune joie ne lui avait été refusée ; aucune espérance ne lui était interdite. Il avait un Ois et plusieurs autres enfans; la plus parfaite intelligence régnait enti^ lui et son frère : tout Tencourageait et lui succédait .

Et il voulut cependant, lui prince redouté, politique sage , guerrier vigilant et victorieux, homme en * qui surabondaient encore la jeunesse , Tardeur et la force, il voulut délaisser le monde, abdiquer sa gloire, répudier la puissance, entrer vivant dans la mort. Il voulut bien plus ; il voulut, heureux et bon père, dégrader avec lui et déshériter s^s enfans.

Quels dégoûts si amers Tavadeot si promptemenc détaché des intérêts de la vie? Quel sentiment si profond avait subitement étouffé tant d'autres sentimens qui le dominaient? Pourquoi cette humilité, cette abnégation de soi, cette aversion de régner si nouvelles en lui et si vives? Pourquoi surtout^ cette renonciation inûule, que la violence ne lui prescrit point, et quM accorde cependani pour lui-même et toute sa race? On œ s'étonnait point de l'exemple que donnait Hunoaid dans ce même temps ; car il avait répandu le sang de son frère » et Ton «trouvait juste qu'il voulût cachor dans un cloître la honte et l'ezpiation d'un tel crime. Mais la vie de Carloman était innocente , et Hunoald au moins n'aliénait pas les droits de des fils (1>

Le zèle religieux échauffait peut-être Tesprit de ce prince. Les sages et austères conseils du christianisme

( t } Ii« p. niaîel cit€ dedx aatres exemples coiiteiiiporaiM,tkûs les royaumei de Norduiinberland et de Mcrcie. Cela est vrai, et il y eu a roéme quatre : Ethelred et GœDred enr Mercie ; Géolwiilf et Eadbert dans le Northumberland. Mais Eadbert cédait a la violence , et laissait la courODOeli son filf Oswull'. Géôlwalf, prince faible, et déjà détrètté «de première fois , cherchait sa sûreté dans an etoitre, et nedépoaiUait pas, non plus son héritier naturel. Ethelred descendait du trône | l'esprit troublé par le taeurtré de la reine Oslhryde, auquel il n'était pas, dit-on, étrau- (;er. Gœnred se faisait moine , mais en rendant la couronne au fils d'Ethelred à qui elle appartenait, et qoe son extrême jeunesse en avait privé jusqu'alors. -On .peut ajouter un cinquième et même un sixième exemple dans rbistoire contemporaine de rHeptarchle, celui d'Offa, roi d'Essex, mais qui n'était pas marié ; et celui d Ina , roi de Wettex, mais qui était fort vieux et n'avait point de fils. On ne peut trop le redire, ce n'est pas l'abdication de Carloman qui étonne; c'est qu'il ait dépouillé ses. enfan«.

Page 1