‹ Histoire des FrancsChapitre 202 sur 214 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

lui inspiraient petit-4tre ce détachemenl des choses humaines, et ce juiste dédain de la terreé Sans doute, et Ton explique ayee vraisemblance ainsi, qu^ii soit descendu de la puissance pour s^élever^ dans une vie pénitente et sainte» aux grandeurs du cieK Mais le sort auquel il réduit sa famille ; mais cet abaissement volontaire qu'il impose aux. siens, où en cher* cher Tint^prétation et la cause? l^ même loi qui Texhortait pour lui à Toubli du inonde et k la retraite, lui eût interdit plutôt que persuadé cette spoKation i;Cméraire et prématurée qu'il exerçait contre ses enfans. Le diristianisme lui aurait prescrit de ne pas les priver de leur héritage, et de ne pas devancer pour eux les desseins inconnus de la Providence* N'y eut^il en effet qu'une pensée de piété dans cette gràn4^ résolution? La politique ep fut^Ue entièrement écartée? Ne voulutH)n point prévenir les dissensions futures de la nouvelle race, déjà divisée avant d'avoir achevé son élévation; ramener l'État à l'union pour perpétuer sa prééminence; favoriser et hâter l'exaltation du nouveau roi qui se préparait; assurer, en lui donnant plus d'éclat, Tavènement de cette famille à qui une si grande puissance était nécessaire pour envahir celle où elle osait aspirer? Le sentiment religieux déterminait Carlpman pour lui-^nême; le seniimetit religieux et le sentiment politique concoururent à le déterminer pour ses enfans. Son sacrifice arrêté, il crut le leur utile à TÉtat, et peu regrettable pour eux. Il les obligeait à la régulière el paisible vie où il cherchait pour lui-même les joies légitime» et le

bonheur sans périls. Sa tendresse s'en alarmait faiblement; sa prudence et sa piété s'en réjouissaient.

Une autre pensée se présente encore; maisinju* rieuse k Téxcès pour le caractère de Pépin, et que Famitiédes deux princes semble repousser. Peut-être Carloman n'avait-il point consenti à Texclusion de ses enfans. Peut-être ne remeltait-il TAustrasie à Pépin que temporairement, et parce qu'ils étaient encore en bas âge. Peut-être avait-il reçu sa promesse qu^îl la leur restitucfrait, sitôt que, devenus hommes, ils seraient en état de la gouverner. Peut-être Pépin trahit-it la confiance de son frère, et abusa-t-il lour à tour de sa retmte, qui ne lui laissait plus ni droit ni pouvoir, et de sa mort, qui tarda trop peu. Peut-être usurpa-t-il l'Àustrasie sur ses neveux^ comme Laon sur son second frère, comme la Neustrie sur son roi.

Enfin (car cette supposition n'est pas non plus entièrement dépourvue de vraisemblance)^ peut-être que Càrloman, docile comme il l'était aux plus rigou- ' reuses règles de la doctrine religieuse, se faisait scrupule de retenir une souveraineté que le droit établi réservait à une autre race. Peut-être condamnait -il lui-même l'ambition de la sienne, et ne voulait-il ni participer à cette spoliation , ni encourir le reproche d'avoir souffert que ses enfans y participassent.

Càrloman ne se contentait pas d*abdiqiier; il s'enfermait dans un monastère. Il ne se bornait même pas à se faire moine; il prenait encore, ou pour lui-même ou pour là sûret*é de son frère, de plus infaîlibles pré* cautions contre ses propres regrets et contre les pro-

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