LIVRE XII
vocations de ses partisans. Prince éprouvé et vaillant homme de guerre, les roécontentemens et les espérances pouvaient quelque jour se tourner vers lui. Sa retraite, s'il la choisissait sur le territoire des Francs, pouvait n'être pas sans retour. Il s'exilait donc doublement , du monde et de son pays. Il allait chercher, dans les monastères d'Italie, un repos plus sûr et un oubli plus profond.
Son frère toutefois ne consentit point qu'il descendit si tôt de son rang. Il exigea qu'il demeurât prince jusqu'à ce qu'il eût échangé ce titre contre ceux que lui assignerait la religion. Son voyage , dont Pepiil voulut régler les apprêts, eut l'éclat et le faste de ceux des rois. Des leudes, des gens de guerre, une nombreuse troupe de serviteurs, le suivirent. Il montrait, jusqu'aux derniers momens de sa vie mondaine, quelle était pour lui cette vie, et de quelles prospérités il se détachait. Arrivé à Rome, il offrit au pape de magniGques présens. Ensuite, et quelques jours seulement écoulés, il consomma généreusement le sacrifice qu'il s'était prescrit. On lui coupa les cheveux; on lui ceignit la robe de bure; il consacra ce qui lui restait de vie h l'humble service de Dieu.
11 fit construire un monastère, à quelques milles de Rome, sur le mont Soracte, et ce fut dans ce lieu qu'il établit d'abord sa retraite. Mais, trop voisine de la ville sainte, elle ne fut pas long-temps solitaire. Les Francs, que de profonds souvenirs attachaient au pieux reclus, accouraient en foule sur le mont Soracte. Peut-être l'ambition de Pépin s'en alarma-
t«elle; peut-élre Tinquiète rtgîdkë de Zacharie. O' pape, soit que la pensée lui en apparlhit, soit que le conseil lut en eût été suggéré, exigea que Carloman renonçât encore & cette maison ou il se plaisait, et où sa vie ne saurait avoir, disait-il, assez de recuèilleaieni et de régularité. Le moine se résigna, et on Tënvoya au monastère du mont Cassin, où depuis ce temps, il dut vivre soumis à la direction et h l'obéissance de l'abbé Optât.
£t ce fut par quel admirable concours de circon* stances fortuites et inespérées l'empire des Francs se trouva de nouveau réuni , lorsque tant de causes au contraire semblaient en devoir prolonger, accroître peut-être la division. Ce fut comment le second des trois Qls de Charles-Martel devint possesseur, ses frères vivans , de l'héritage entier de son père. C'était déjà un assez difficile succès que GrifiÊon eàt été exclus du partage fait à Verberie; un difBoiie et heureux succès, d'avoir empêché l'effet du second partage, accordé aux légitimes obsessions deSonnéchilde. C'était beaucoup ; et quel avantage si grand , si bien garanti, si durable en eût^on recueilli t^ependant, si Carloman n'abandonnait pas PAustrasie , si ses enfans conservaient le droit de la retenir après lui ? Et quelle autre volonté que celle de Carloman même pouvait provo* quer uia tel abandon, et quelle puissance pouvait don* ner une telle impulsion à sa volonté? Humilions* nous i la main des hommes était trop fuible pour cette œuvre.