‹ Histoire des FrancsChapitre 204 sur 214 · GRIFFON · texte numérisé non relu

GRIFFON

Il y avait toutefois un danger sérieux dans celte abdication de Carloinan4 l^es droits de Griffon étaient si certains , Finjustice qu'on lui faisait si bien reconnue , les habitudes du partage si anciennes et si res^ pectées, que TAustrasie devenant libre, il était à craindre qu'elle n'appelât ce troisième prince , captif et dépossédé. On n'avait plus les mêmes motifs qu'au^ trefois pour l'exclure. Il n'était plus besoin , pour lui faire justice, d'affaiblir la Neustrie, et de rétablir l'ancienne séparation de la Bourgogne. Quel danger aurait, avec le 6ts de Sonnéchilde, une division qui n en avait pas avec Carloman? Pourquoi faire violence aux <vœux des Austrasiens , et leur refuser, quand la nécessité n'y obligeait pas, l'avantage dont ils étaient si jaloux d'un gouvernement séparé et indépendant?

Il fut facile à Pépin 4^ prévoir un embarras si probable et si naturel. Cherchant donc comment il y pourrait obvier, et n'osant à la fois ni continuer de retenir Griffon à Neufchàtel, car ce château était en Austrasie ; ni l'envoyer dans un autre , de peur d'irriter les Austrasiens par cet aveu de sei méfiances , il conçut l'idée d'affecter une générosité qui préviendrait toute plainte, et de rendre son frère libre pour mieux assurer sa captivité. C'est pourquoi, sa résolution ar-

rélée, il feignît de se réconcilier avec ce prince , et le retira de Neufchâtel pour le retirer en effet de TAustrasie. Mais en même temps la joie qu'Jl avait de celte réconciliation se trouva si grande , et si profonde sa nouvelle affection pour son frère , qu'il ne put se résoudi*e à le souffrir loin de lui , ni consentir même qu'il habitât un autre palais que le sien.

Le peuple y fut«peut-être trompé; mais Griffon ne pouvait pas l'être. Si sa délivrance profita d'abord à son frèi*e, elle contraria peu ses propres desseins. Il , ne cessa point , malgré ces obstacles , d'entretenir et d étendre les intelligences qu'il avait déjà formées en Austrasie. Bientôt ce fut un parti redoutable^, bientôt le duc des Saxons , Jaloux de diviser la puissance qui lui était ennemie, embrassa lui-même les intérêts de ce parti, et prit l'engagement de le seconder. Les choses conduites à ce point, Griffon sut se dérober à l'obséquieuse vigilance de ses surveiHans, et réussit à gagner la Saxe, sans que nul des officiers de Pépin pût ou osât l'arrêter.

A peine y fut-il, de nombreuses troupes de jeunes Austrasiens accoururent , qui le proclamèrent leur chef, et lui formèrent dès les premiers jours quelque apparence d'armée. Fidèle h son tour, et ne manquant ni à sa politique , ni à sa promesse , ThéodoHc vint aussi, et lui amena ses Saxons. La promptitude, utile à presque toutes les entreprises, était h celle-ci nécessaire. Ils eurent toute celle qu'exigeaient d^eux de si importans intérêts. Sitôt réunis, ils commencèrent leur incursion. Ce fut d^bord sur la Thuringe qu'ils

Page 1