‹ Histoire des FrancsChapitre 209 sur 214 · LIVRE Xll · texte numérisé non relu

LIVRE Xll

CarloiD^n de sortir qùelquQ temps de son cloître, et que celui-ci vint lui-même exhorter son frère à pe plus poursuivre un dessein qui offenserait la loi chrétienne. Mais Zacharie , Optât , Carloman^ perdirent leurs spins. Rien ne put détourner le duc d'une résolution nécessaire, où sa vengeance avait moins de part que sa. prévoyance et Tinlérét de sa sàreté.

Dès les premiers jour& du printemps il partit , menant avec lui'une immense armée. Bientôt le J\hin fut passé, et la distance qui les séparait encore de la Bavière, franchie. Que pouvait Griffon contre une si grande puissance? La terreur de Pépin Tavait empêché d'obtenir les auxiliaires qu'avait eus autrefois Odilon. Il résista cependant, et avec constance; car sa faiblesse même Texcitait à de plus grands edbrts de courage. Mais le moment vint où le courage demeurant seuU et toutes les ressources étant épuisées, il n'y eut plus d'emploi pour cette vertu , si ce n'est contre le malheur. Il était complet ; la Bavière n'avait plus d'armée , et par un bizarre retour de fortune , ainsi qu'il était arri%*é à Hiltrudeet à Tassillon, Griffon abandonné tombait au pouvoir de son ennemi.

Pépin rétablit Tassillon dans sa dignité, et le conGa à la tutelle de sa mère. Ensuite il retourna en Neus- Irie, traînant après lui son frère vaincu. Quel sort lui allait-il imposer? L'extrême rigueur li'eùt pas excité de favorables sentimens dans l'esprit des peuples , et jamais il ne lui avait été plus nécessaire de ménager leur inclination. Il suffisait bien de Tinjuste spoliation de son frère , sans qu'il ajoutât de plus durs et plus

tâckeux traitemens. H s'en abstint donc, et s'effbrçant même d'associer quelques semblans de volonté généreuse avec de réelles mesures de prudence, it lui constitua un duché avec des lambeaux de territoire choisis au centre même de la Neustrie , et lui assigna pour résidence la ville du Mans ( t).

Mais cette fausse munificence n'inspira pas à Griffon une gratitude plus sincère. Il avait le cœur élevé , s'il est vrai qu'il eût l'esprit inquiet ; et si les ambitieuses vues de sa race mettaient obstacle à ses droits, la justice au moins ne pouvait pas les désavouer. Il prétendait, non sans raison, au commandement , et se refusait , non sans générosité , à l'obéissance. Onr Fa jugé à la façon des vaincus ; ne jugeons pas nous-mêmes sur la foi de ceux dont l'admiration toujours ptéte s'incline invariablement devant le succès. Fils, comme Pépin, de Charles-Martel, Griffon, l'égal deison frère, n'en voulait pas être le sujet. C'était le droit public de son temps. La force et la fortune l'ont condamné ; mais ce sont d'aveugles et fantasques juges, et il ne céda qu'à eux seuls. Car il préféra l'exil même à la dépendance. Â peine établi au Mans, il s'enfuit , et alla demander asile au duc d'Aquitaine, estimant les bienfaits de l'étranger moins humilians que l'injuste et méfiante libéralité de son frère. Ne méprisons pas cette constance.

(i) II mit GriffsD, en qualité de duCj ei selon Vusage^ à la tête de » dou^e comtés. » (Eginhard , Annales.) On voit par là quelle' était, dès çc temps, l'importance relative des deux litres,.

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