USURPATION
Le temps en était veou : Taudac^^se et précoce tentative de Grimoald allait se renouveler. Ce que n'avaient osé ni Pépin d'Héristal , ni son , 6ls , son petit-fils l'oserait et raccompUrait. Il avait, ce qui leur avait manqué, une plus Idhgue habitude prise par. le peuple de la dégradation de rancienne race. Ils n'avaient eu que leur gloire ; il avait la leur et la sienne. Ils ne s'étaient trouvés qu'assez forts pour conquérir la puissance ; il en conquerrait le titre, lui plus fort qu'eux, parce qu'il venait après eux.
Childéric vivait; mais nulle action . extérieure :ne ' révélait sa vie de roi. Il ne délibérait , ni ne commandait^ Il était seulement, et ne servait de rien à l'Etaî. Le temps était même passé pour lui de servir aux secrètes combinaisons de Pépin. Il y avait déjà dix ans de la mort de Cbarles^^^Martel, et, dans l'intervalle, de graves difficultés s étaient aplanies , de brilians succès avaient été obtenus. Pépin avait acquis un irrésistible ascendant. Un n'en était plus à cette première époque de timidité et d'incertitude, où le duc, jeune encore et non éprouvé, avait besoin de déguisemens, et craignait d'être maître en son nom. L'unique appui de Childéric lui manquait : il n'était même plus nécessaire à son ennemi.
Inutile h (oui, ce prince était pourtant un obstacle, et l'entreprise était encore difficile^ de loi enlever cette ombre de droit , si vaine qu'elle fut et si impuissante. Ce n'est pas qu'on eût à s'effrayer de sa volonté ; il ne voulait point : ni de son ambition ; il ignorait la puissance : ni d'ancua parti qui dut se former à la faveur de|^on nom ; le malheureux prince, inconnu et délaissé, n'avait point d'amis. Le bruit mênie avait été répandu, peut^^étre fraudpleusement «l sans vérité, que sa raison défaillante achevait de se perdre dans les excès de la* plus brutale débauche. Mais il était du sang de Chlovis, et le culte de cette race était profondément établi dans lecœurdespeuples(l): deux générations de héros s'étaient succédé qui n'a* vaient pu l'abolir. Mais ce' prince était roi, et les évéques, les grands, l'armée, le peuple lui avaient fait serment de fidélité. Mais il lui était né un fils, et si le trouble de son esprit le rendait incapable du trône, ce fils au mc»ns pouvait s'y asseoir.
Ces difficultés exceptées, tout provoquait et favorisait la résolution de Pépin. Au dedans, la sécurité, l'obéissance, même l'affection. Les Âustrasiéns, détachés de Griffon par la derntère expédition de Bavière, s'étaient réconciliés. Il ne restait plus rien, dans la Bourgo^e, des anciennes factions qui l'avaient si long-temps troublée*. On se ressouvenait, en Aqui-
(i) M La chose en quoy se trouua le plus empesché Pépin, fust à des* » raciner ceste ancienne opinion que le peuple avoit conceue de la lignée » de Gblovis. (Pasquier, Recherches ^ liv. 2, cbap. i.)
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Uine^ des récentes et désastreuses défaites d'Hunoald. Les leudes, presque unanimes, ^^embrassaient plus maintenant d'autres intérêts. Tant de guerres heureusQSi faites par son père et par lui, les avaient tour à tour attirés et attachés k Pépin. UEg^Hse elle-même, doqt il avait habilement réparé les pertes , célébrait avec zèle sa piété , sa fidélité , sa sagesse. Carloman enfin et Griffon, tous deux éloignés et dépossédés, et qui lui laissaient, par leur reVraite volontaire ou forcée, un empire vaste, puissant, réuni, où ne se fût plus trouvé^ une seule cause de discorde et de division.
Au dehors, même sécurité et même repos. Les peuples germains, vaincus si souvent et découragés, n'entretenaient plus les dangereuses espérances qu'ils avaient conçues à la mort de Charles-Martel. Hiltrude, fidèle et reconnaissante, contenait et apaisait la Bavière. Les Saxons étaient désarmés, les Allemands épuisés, les Frisons dociles , les Vénèdes amis. Pardelà les Alpes^ des amis encore ou des alliés : les lombards , que détournaient leurs intérêts d'Italie; le pape, favoi*able et obséquieux, et que de graves périls engageaient en toutes sortes de ménage*mens. Seuls, k la frontière opposée de l'empire , les Sarrasins, toujours maîtres de l'ancien royaume des Wis^oths, menaçaient encore et inquiétaient;. Mais ce danger même était avantageux h Pépin ; car on espérait d'autant plus en lui, et il en était plus nécessaire.
Zacharie, fidèle aux vues politiques de Grégoire II L
et, comme celui-ci, Gdèle aux docirîties religieuses de Grégoire II, n'avait cessé, ni de condamner Thérésie des iconoclastes , ni d'aspirer k l'expulsion des Grecs de ritalie. Mais il avait recueilli, de son prédécesseur, un autre héritage ; Tinimitié des Lombards. Rachis , qui avait succédé à Luitprand, continuait, après lui, de menacer Rome et de désoler son territoire. De même, Constantin Copronyme, héritier de Léon à Constantinople , persévérait dans les changemens prescrits piir son père, et dans ses ressentimens contre les papes qui s'y étaient opposés. Entre ces deux dangers toujours imminens, Zacharie, ainsi que Grégoire III, avant lui, n'avait d'espérance que dans la bienveillance des Francs. 11 était à la fois réduit et contraint h l'amitié de Pepm.
D'autres intérêts aussi l'excitaient à de prudentes déférences. La conversion des Frisons et des Saxons n'était pas encore achevée, et quoiqu'elle dût être de quelque avantage pour les Francs, le zèle de Zacharie y miettait bien plus d'empressement et de prix. Qui protégerait ses -missionnaires chez ces idolâtres, si Pépin, offensé ou indifférent, se lassait d'autoriser leurs prédications ou d'en seconder l'effet par son influence? Quel autre défenseur avaient les chrétiens contre les Arabes, et qui pouvait, si ce n'est lui, empêcher le mahométisme de déborder de TEspagne, comme il avait fait de l'Afrique? Qu'arrîverait-il même si Pépin, cédant aux exemples et aux importu- ■ nités de l'empereur grec, cessait d'entretenir l'union de l'Eglise des Gaules et de l'Eglise de Rome, et favo-