‹ Histoire des FrancsChapitre 21 sur 214 · II · texte numérisé non relu

II

HISTOIRE DES FHAMCS.

son kicorsioD. Toiit cédait derant lui ; les campagnes étaient ravagées ; les ?illes forcées et mises an pillage. ' On envoya bien le doc Austrovald pour le combattre ; mai^ les efforts de ce chef , bien que fréquemment répétés, n^eurent que de rares et médiocres succès. Les agresseurs occupèrent la Novempopulanie , et s^y maintinrent (1). C'étaient les Gascons.

Quinze ans s'étaient écoulés sans qu'on eût osé entreprendre de les expulser ou de les soumettre. Enfin nul autre intérêt ne détournant plus l'attention des Francs ; nulle autre guerre ne s'offrant plus à leur ambition et à leur courage , ils se ressouvinrent de ces étrangers , et ce fut sur eux qu'alla s'exercer l'arr deur qui les agitait. Théodebert et Théodoric réuni-

(i) Foncemagne, Mémoire sur l'étendue du royaume de France ^ etc. — Daiiiel a un autre système. 11 nie que les Gascons se soient établis en France, à Pëpoque de cette première irruption , et il en conclut que ce fut en Espagne que Théodebert et Théodoric leur firent la guerre. Sa seule raison est qu'on ne voit point qu*iis eussent pris des villes,- lorsquMIs entrèrent en France après la mort de Ghilpéric, chose indispensable, ditil, pour qu'ili se maintinssent dans le pays.

Mais premièrement, Grégoire de Tours dit, en termes formels, qu'ils dévnsèèrent les villes, ce qui prouve bien quUIs les avaient prises. Secondement, il n'y a nulle trace dans le récit que fait Frédegaire de l'expédition de Théodebert et de Théoderic, nulle trace d'une ezpéditiuo poussée au-delà des Pyrénées. Troisièmement , il n'y -a non plus , et nulle part, aucune trace entre la défaite des Gascons par les deux rois, et leur rébellion dans la quarante-troisième année du règne de Chlotaire, aucune trace d^une seconde invasion faite par eux, qu on puisse assigner pour cause à leur établissement dans les Gaules. Il faut donc remonter nécessairement à Tinvasion que rapporte Grégoire de Tours , et c'est ce qui m*a fait préférer l'opinion de M. de Foncemagne et des autres écri> vains qui Taynient exprimée antérieurement.

. LIVRK Vï (605), • 30

renl de nouveau leurs armées. Celles-ci triomphèrent aussi de nouveau. Toutefois les Gascons, quoique trop faibles pour surmonter des forces si considérables , y suppléèrent tellement par la pru* dence et par la valeur, qu'on ne put réussir à les repousser dans leurs montagnes , et qu'il fallut consentir qu'ils demeurassent dans les riches pïaines où ils s'étaient éliablis. Seulement ils se reconnurent tributaires, et se soumirent au duc Génialis, que lès deux rois leur donnèrent pour les gouverner.

Berlhoafd était alors maire du palais de Théodoric. C'était un homme de la race des Francs, sage, sincère, fidèle, doué de courage. Brunehault ne l'avait pas trouvé favorable à ses desseins ; elle travaillait sourdement à le supplanter.

Il y avait dans le même temps à la. cour de Théodoric un autre homme , d'extraction romaine , esprit délié , souple et habile , fécond en ressources , familiarisé avec la ruse, prompt à entreprendre, non moins prompt à exécuter. Cet homme était Protade. Il avait trouvé grâce devant Brunehault; même on a dit, quoique rége fort avancé déjà de la reine ne permette de voir dans ce récit qu'une fable absurde et calomnieuse (1), on a dit qu'il lui avait inspiré de l'amour , et qu'elle l'admettait dans son lit^ Elle l'avait }ugé

(i) Frédegaire met Paventure de Protade à la neuvième année du règne

de Théodoric. C'était par conséquent en 6o5 ; or, Brunehault avait

épousé Sigeberlf en 564, quarante-un ans auparavant.

, Selon Pasquier, elle avait soixante-treize ans quand elle mourut, et

sdon Gaillard et Velly, près de quatre-vingts. Or, elle mourut en 6i3.'

propre à servir ses ressentimens, et disposé d^ailleurs aies embrasser. Aussi favorisait-elle, autant qu'elle en avait le pouvoir, son élévation. Le duc Wandal-* mar, qui commandait dans la Bourgog^ne-Transjurane , étant venu à mourir, Brunehault éleva Pro- ' *tade à la dignité de patrice^ et lui confia ce gouvernement.

Cependant les villes placéesentre la Seine et la mer, et que Chlotaire avait été contraint de céder à Théodoric , ne souffraient qu'avec peine la domination de leur nouveau maître. Les tributs s'y levaient difficilement , et la résistance s'y montrant de jour en jour plus opiniâtre , on en vint au point d'estimer néces* ' saire d'envoyer en ces conlrées un homme de résolution 'et d'autorité. Soit qu'on prévit lous les dangers de cette mission , et qu'on se flattât (chose peu pro-

Elle avait donc en 6o5 , ou soixante-cinq ans, par le calcul de Pasqaier, ou par le calcul de Gaillard et de Vellj, soixante- douze.

Le témoignage du pape Grégoire qui loue les mœurs de cette reine» est de quelque poids, ce me semble. Celui de Jonas est peut-être d'un plus grand poids. Jonas, auteur contemporain de la vie de saint Golombao , est prodigue dé reproches envers Brunehault, qui fit expal^er de France le saint moine ; et cependant il n'élève pas le plus léger soupçon contre ses mœurs.

* On a besoin de se mettre en garde contre Tignorance passionnée de ces chroniqueurs. 11 faut voir par exemple les folles absurdités que débite Abbon ,' pour justifier Didier , dont cependant l'évêque de Lyon avait, suivant Frédegaîfe, conseillé la condamnation. Ipsa^ ait-il, «emeptipsam turpissimis juvenibus exponens. Et c'est de Brunehault qu'il parle ainsi, et de l'année ou l'on fit mourir Didier. Or, cette mort est de la treizième année du règne de Théodoric ; c'està dire de 609. Brunehault avait donc , ou soixante-neuf ans , suivant Pasquier, ou, suivant Gaillard et VcIIy, soixante- seize.

Page 1