LIVRE XII (751-762). 43 f
et d'y répondre solennellement j au nom et de Faiitorite de saint Pierre. Le pape entendit, et il répondit par vine lettre pareille, où il était aussi exprimé que Boniface eût confiance aux autres explications que LuUe devait lui transmettre de vive voix.
Quelles étaient ees explications, et même quel en était le sujet? On ne peut guère que les supposer. Mais depuis ce jour, renonçant aux communications détournée^ et mystérieuses , Peptn commença d'agir en son nom et ouvertement. Ce ne fut plus Boniface , mais lui-même ; ce ne fut plus Lull« , agent secret et non avoué, mais des ambassadeurs reconnus, par* lant authentiquement et de l'ordre du maître. Bur-^^ chard , évêque de Wurtzbourg , et Fulrad , abbé de Saint-Denis , étaient les minisires de cette imposante négociation. Ils partirent donc, et allèrent trouver Zacharie. Que venaient-ils demander? Un simple conseil, un éclaircissement, une instruction. On avait dçs doutes sur une question qui intéressait la conscience , et Ton venait humblement proposer au chef de la religion de les dissiper. « Dans un État où le roi » était réduit à son titre , et où la royauté était au » pouvoir d'un autre que loi , convenait-il de perpé- » tuer cette inutile séparation , et n'était-il pas sage et » licite de réunir le litre à la royauté ?» Que répondit Zacharie? Ce que Pépin prévoyait et attendait înfaiU lihtement : « Qu'il était en effet plus utile que le titre de la puissance fut à celui qui l'avait déjà elle-même, i» L'effet de cette réponse fut rapide et prodigieux , car depuis le temps de Grégoire III le respect et l'in-
(luence des papes avaient fail d^étonnans progrès chez les Francs. Il n'y eut plus d'hésitation , ni de scrupule. On n'était ni assez éclairé^ ni assez favorable au malheureux Childéric , pour disputer sur une décision venue de Rome , et inspirée , croyait-on , par saint Pierre^ On ne douta plus que Pépin ne pût être roi , et , s'il pouvait Tétre , il l'était.
Les grands furent convoqués à Soissons ; vain simulacre de délibération et de conseil. Tout était déjà consommé , et il ne restait plus qu'à souscrire. Les raisons ne manquèrent point sur l'impuissance des princes de l'ancienne race ; sur les séryices et l'habileté de Pépin ; sur les inconvéniens d'une royauté double et divisée, qui s'embarrasse et s'affaiblit en se partageant ; sur les dangers de l'Etat v qui appelait un chef éprouvé, c'est-à-dire Pépin, et une autorité forte, c'est-à-dire unique; sur la prééminence du siège apostolique de Rome, et la confiance qu'on devait avoir en ses décisions. Qui e6t contredit? Ce né furent qu'applaudissemens , joies tumultueuses , ardentes et unanimes acclamations. On ne vit que ce qui se voit d'ordinaire dans ces sortes de solennités , une imposante mais dérisoire cérémonie, expression tardive d'un événement déjà accompli. L'assemblée entière salua Pépin du nom de roi. Et à son tour Boniface , si aimé des peuples et si vénéré , lui donna au pied de l'autel l'onction sacrée , comme avait fait autrefois Rémi àChlovis(l).
( I )' 1V1 . !*abbé de Verlot dit que « Pepiiî fut le premier de nos rois qui » se fit couronner avec les lérémonics de l'Église, pour consacrer sa pcr-