LIVRE VI
d'Austrasie , il n'en était aucun dont ne triomphât Brunehault. Le premier la délivrait d^un contradicteur importun , et lui permettait d'élever k la place un serviteurdocile et obséquieux. Le second lui fotir* . nissait de favorables prétextés pour animer Théodoric contre son frère , et préparer sa propre vengeance.
C'étaient d'importans avantages ; elle n'eut garde de les négliger. Son premier soin fut que l'ofïicé de maire du palais tombât aux mains de Protade. De son côté celui-ci , homme de résolution et de prévoyance , se proposa d'abord deux résultats principaux : l'un, d'accroître les ressources du fisc,, et d'y amasser beaucoup d'or; l'autre, d'abaisser et appauvrir tous les grands dont l'ambition pouvait faire obstacle à la sienne. Il eût voulu s'être affermi dans sa puissance avant de l'exercer au dehors. Le but était sage; les moyens y répondaient mal. De violentes inimitiés s'allunièrent , . et le parti contre lequel se débattait Brunehault eut promptement recouvré les avantages que la mort de Berthoald lui avait fait perdre. ^
Cependant les projets de guerre n'inspiraient plus les mêmes sentimens à Théodoric. Il ne^ s'effrayait plus d'être l'ennemi de son frère , depuis qu'il s'en était cru trahi. Brunehault , attentive à ces changemens, les secondait de toute l'activité de sa haine. Protade k son tour s'y appliquait avec une égale assiduité. Tantôt c'était à l'orgueil du jeune prince que leurs efforts s'adressaient : « Etait-il d'un roi délaisser » une si grande injure sans vengeance? » Tantôt c'é-
tait à son ambition : a Youldit-il perdre une^i légitime » occasion d'clendre sa puissance et son territoire? A Qu^il lui souvint des exemples que lui avaient légués » les anciens rois francs! » Enfin , pour mieux surmonter ses scrupules , on c^ya^ dit-on , de lui suggérer des doutes sur la Bliation même de son frère : a Sa naissance n^avait-elle pas été supposée? Etait-il né en effet du. roi Childebert? » Et Ton assignait un jardinier pour père à ce prince.
Bientôt Théodorîc ne résista plus. Le cri de guerre fut jeté ; l'armée de Bourgogne fut convoquée; elle se réunit et marcha. Mais on allait avec répugnance à cette guerre , et les ennemis de Protade fomentaient avec activité Pesprit de sédition parmi les soldats. Quand on fut arrivé à Cérisy, ces fâcheuses dispositions avaient déjà fait'leurs derniers progrès. Comme Tarmée d'Austrasie approchait , les leudes de Bourgogne allèrent vers Théodoric. et le conjurèrent de renoncer à son entreprise. Mais Protade, repdUssant leurs exhortations, persuada au rbi de persévérer. Alors et de toutes parts éclata une forcenée révolte. Lés; soldats saisirent leurs armes et coururent en tumulte , refusant unanimement de combattre, et demandant la mort de celui qui en donnait le conseil. Eu ce moment Protside, retiré dans la tente de Théodoric , jçuait aux dés avec le premier médecin de ce prince. Les soldats arrivèrent et environnèrent la tente. Le roi voulait sortir pour les apaiser et les faire rentrer dans Fobéissance. Mais les leudes, affectant d'hypocrites frayeurs pour sa sûreté, l'en dissua-