LIVRE VI
Fimpiiissante et passagère Faveur d\ihe concubine sans titre et sans nom.
Mais dés-Iors se manifestaient quelques • changemens dans les vieilles mœurs. Les règles sévères du christianisme étendaient progressivement leur auto* rite* On n'aivait plus une aussi Terme opinion du droit des princes dont la naissance fortuite n'était pas garantie et consacrée par le mariage. L'exclusion de Gondovald n'avait pas eu d'autre prétexte , et Tinfluence de cet exemple ne pouvait manquer d'être grande. II se trouvait d'ailleurs des évéques qui s'élevaient déjà avec beaucoup de zèle et de liberté contre le désordre de ces unions imparfaites où se complaisait l'humeur voluptueuse des rois francs. Parmi eux se signalait Tabbé Colomban, dontje conterai bientôt l'aventure. On assure même, et je le répéterai malgré mes doutes,
que la déposition , l'exil et la mort de l'évêque de Vienne, Didier, n'eurent point d'autre cause (1). Mais peut-être ce récit ne mérite-t-il pas la conGance que lui ont donnée quelques historiens; car la dépo* sition et l'exil furent l'ouvrage d'un synode d'évêques assemblé à Châlons (2) ; et la mort , l'effet des con* seils donnés par Tévéque de Lyon, Aridius (3). .
Tel était toutefois le penchant actuel des opinions. C'est pourquoi déférant enfin aux conseiis.de Claude,
(i) « Gujus inaudita flagitia vir pontifez Desiderias, zelo timoris Dei i> inflammatus^ reprimere et corrigere cupiens, tam privatim quam publicè » melioreoi vitam arripere, et pœnitadinem facti monebat. n (Adon.}
(a) Frëdegaire. .
(3) Idem.
Théodoric fit choix d'Ermenberge , fille de Witterich , roi des Goths. Trois ambassadeurs allèrent par son ordre en Espagn.e. C'étaient Aridius , évêque de Lyon; Tin leude, du nom de Roccon, et le connétable OEpporin. Le prince goth hésitait , car il était informé des habitudes licencieuses du jeune rôi. Il fallut renouveler le serment qu'avait ekigé un autre roi goth des ambassadeurs de Ghilpéric. On jura donc, comme dans ce temps, qu'Ermenberge ne serait jamais dépouillée du titre de reine, et, cette assurance donnée , Witterich ne résista plus.
La jeune princesse quitta Tflspagne et vint à Cbâlons. L'accueil le plus flatteur l'attendait. Ce ne furent d'abord qu'honneurs et que fêtes. Tout semblait rendre témoignage de la joie et de l'empressemetit de Théodoric. Mais ces apparences étaient vaines ; quelques jours à peine écoulés, tout changea. Quelles pensées entrèrent subitement dans l'esprit de ce jeune prince ? Quelle fut la cause de son éloignement et de ses dégoûts ? Comment refusa-t-il de partager le lit de la reine ? L'histoire l'ignore. Elle sait seulement que Theudelane , sœur de Théodoric , fut d'accord avec Brunehaùlt pour entretenir ses répugnances». En conclura-t-on que ces répugnances étaient sans motif? Un an tout entier passa de la sorte, et ce terme venu , bien loin de réparer l'outrage , on y mit le comble. Ermenberge répudiée fut renvoyée avec mépris chez les Goths (1).
(i) Velly, seul, je crois, entre tous nos historiens, refuse d'admettre cre récit du mariage d*Ermenberge. Le témoignage si parfaitement cir-