‹ Histoire des FrancsChapitre 28 sur 214 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

. Witlerich ressentit profondément son injure. Sans délibérer, il envoya vers Chlotaire , puis vers Théodebert,puisen6n vers le roi des Lombards Agilulph, pour persuader à ces princes de s'associer àla vçngeancequ'il se proposait.. Il ne la voulait ni imparfaite ni lente. La prompte invasion des Etats de Tbéodoric , son expulsion , sa .dégradation 9 même sa mort , c'était jusqu'où s'étendaient les desseins et les ressentimens du roi gotb. L'espoir du partage offert séduisit les princes. Ils prirent tour à tour les engagemens qu'on exigeait d'eux ) et ce monstrueux projet d'alliance se réalisa. Une effroyable tempête allait fondre sur Tbéodoric. * Mais de si difficiles négociations avaient consumé bien du temps. Au moment qu'elles s'acbevaient , une maladie dangereuse surprit Wittericb. Enfin vint la mort, qui délivra le roi de Bourgogne de cet implacable ennemie Avec lui tomba l'alliance, et tout avorta.

A cet événement s'en rattache un autre de moindre importance , mais qu'il ne faut pourtant pas négliger,' soit parce qu'ail fournit de nouvelles preuves de ce

constancié de Frédegaire ne lui parait mériter aucune créance. S*il eu ét^it ainsi, je ne verrais plus quelle partie de cette chronique il ne fau-

drait pas rejeter.

VelJy demande « quel fond on peut faire sur un fait qui a besoin de » sortilège pour Tétayer ?» Celui-ci n'a aucun besoin de sortilège ^ et je n'en trouve d'ailleurs nulle trace dans Frédegaire.

Velly tire'avantage do silence de Jonas. Le moine Jonas écrirait Thistoire de saint Golomban, et non de Théodorie.

£nfin Velly objecte que : « Si l'Espagne %ût reçu un si sanglant ou-' n trage, elle se fût du moins mise en devoir d^en prendre vengeance. » Mais c'est justement ce qui arriva.

progrés des opinions el des mœurs , dont j^ai déjà montré quelque chose ; soit parce qu'il pourra aider à comprendre comment était devenue possible. Tune des révolutions qu'on verra bientôt éclater. L'abbé Colomban , habile et célèbre moine , était venu tour à tour de l'Irlande dans la Grande-Bretagne , et de la GrandcrBretagne dans les Gauler. Il avait fondé un monastère à Luxeuil, où s'assemblaient de tôiis côtés de nombreux disciples , attirés parle bruit de ses vertus et de son savoir. Frappé des récits qu'on lui en faisait , Théodoric eut le désir de l'entendre ; il vint

à Luxeuil. Le moine avait un zèle inflexibfô et une

témérité de vertu qui n'admettait point de ménagemens. Son langage fut austère et injurieux. « Pour- » quoi le roi consumait-il ses jeunes années dans la » débauche et* dans l'adultère ? Pourquoi se refusait-il » aux chastes voluptés d'une union légitime? C'était

» de la couche d'une noble reine que devait sortir la 9 race royale, et non des ipfâmes embrassemens de » ses concubines. » '

A quelque temps de là, Brunehault étant dans sa maison dé Bourchëresse , le saint abbé s'y rendit. Informée de sa venue , la reine alla aussitôt vers lui , faisant mener avec elle les quatre fîls de Théodoric : « Que me veulent ceux-ci?» demanda le moine. — « Ce sont les enfans du roi, répondit Brunehault, » qui viennent chercher ta bénédiction. » — « Ils ne » la recevront point , s'écria l'abbé ; et sachez tous » qu'ils ne porteront jamais le sceptre royal , car ils » sont de mauvaise et .criminelle naissance. »

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