LIVRE VI
' Une SI éclatanle offense ne pouvait manquer d'irriter l'orgueil d» la reine. Elle révélail d'ailleurs un ennemi opiniâtre et audacieux^ et qui, rendu considérable par sa renommée , ne pouvait plus être impunément méprisé. Des ordres furent donnés à l'instant pour retenir les moines de Luxeuil dans leur monastère, et pour leur interdire de se répandre au-dehors« Coloraban , blessé de ces ordres , en voulut obtenir la révocation. Il partit pour Espoisse, où était le roi. Ce prince , à qui son caractère et sa piété inspiraient encore une grande vénération y le voulait accueillir généreusement et avec honneur. Il envoya au devant de lui , et lui fit apporter avec d'autres présens quelques mets soigneusement préparés. Mais le moine les rejeta dédaigneusement, disant : a Le Très-Haut 9 réprouve les dons des impies.» Et en même temps , ceux qui étaient venus avec lui se précipitant ^ tout ce qu'ion apportait fut mis en pièces , jeté contre terre et foulé aux pieds.
Théodoric, quelque ressentiment qu'il en eût, souffrit cependant celte nouvelle injure avec patience. Mais il ne changeait rien à sa vie , et tenait peu de compte des exhortations de l'abbé. Celui-ci alors , poussant encore plus loin qu'il n'avait fait jusque-là le zèle et la hardiesse , adressa au prince une lettre pleine de reproches, où se mêlaient même de formelles menaces d'excommunication. Cette entreprise, qui passait de beaucoup les pouvoirs religieux de l'abbé , servit merveilleusement les desseins secrets de la reine. Les leudes furent indignés , et les évéques eux- II. é
40 HISTOmE DES FRANCS.
mêmes net dissimulèrent pas leur ipaprobation. Oq se ipit à faire Texamen des doctrine&^ que précof^isait Co« lonnban» et de^ règles qu'il avait impoçéeis à son mo* nastère. On trouva des premières » qu'elles étaient équivoques ; des secondes , qu elles étaient étranges , et ne se pouvaient tolérer. Le roi alors alla à LuxeuiL « D'où vient, deraanda-t-il à l'abbé, que tu l'éeartes 9 de^ usages établis par les évêques ; et quelle rai&aa 9 as-tu d'eippêcber que l'entrée de ta maison soit ou- » verte aux chrétiens? Tu cesseras d'en faire un lieu » mystérieux et inaccessible , ou il le faudra renon- 9 cer à raa protection et à mes largesses.» — « J'y r^- » nonce, répondit, avec une dure fierté, Colomban. » Si ton dessein a été de détruire notre retraite et d'à-* 9 bolir notre discipline » entends ce qu'il arrivera de » toi-même ; ton empire croulera, et tu périraçi, et » de toute ta race il ne restera rien. »
Continuant ainsi, et s'abandonnant aux véhémentes inspirations dé sa douleur, il poursuivait le roi des plus vifs reproches et des plus offensantes œejiacQS* £nûn le roi : « Tu te flattes, dit^il, que, lassé n de tant de provocations, je t'accorderai la glorieuse 9 couronne du martyre. Ne l'espère point ; je n'ai pa& » si peu de prudence pour commettre une telle faute. n Reviens toi-même à de plus sages conseils, et r<»itre % dans la salutaire voie que tu as quittée* » Slab les Iteudes, moins faciles et moin& patiens, criaient & Tenvi qu'ils ne le voulaient pins souffrir en ce lieu. % Je n^en sortirai point, leur répondit^il, à moins d'em n être arraché ftar la • farces. » On l'en chass» cdpMi«