‹ Histoire des FrancsChapitre 35 sur 214 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

XOM Bfi TaioiK>Ric (61 2^.

Théodorîc acquérait donc un second royaume* Il devenait roi d'Austrasie par droit de conquête et de meurtre ; il avait vaincu , et il hërilait. Mais a peine sorti d'une si périlleuse guerre , une autre. , cclose de ses triomphes mêmes , allait éclater. Chlotaire', qui avait tant abusé de ses embarras et de ses périls ^ craignit qu'il n'abusut à son tour de ses succès et de st puissance. Il ne se fiait plus au traité , et prévoyait que ce prince aurait quelque répugnance, victorieux, qu'ail était, à se croire étroitement engagé aux dures conditions qui lui avaient élé déloyalement imposées. C'est pourquoi , violant lui-même la convention sous le prétexte de l'exécuter, sitôt qu'il eut vu la guerre allumée entre les deux frères, et la pretnière bataille perdue par Théodebert, sans vouloir attendre les suites, ni recevoir du vainqueur ce que celui-ci ne voudrait peut-être plus accorder^ profitant de l'éloigncment des deux armées qui se préparaient à combattre de nouveau sur les bords du Rhin, il se jeta prématurément sur le pays dont la restitution lui était promise, et s'en empara.

Cette violence, peut-être prudente, mais qu'une extrême défiance pouvait seule expliquer et autoriser,

UVRE VI (812). es

offensa la fierté de Théodorie , et fournit , si elle ne les fit pas naître, un assez plausible prétexté aux desseins que lui attribuait le roi de Soissons. Théodorie . toutefois n'eut pas immédiatement recours à la forée. Il se réduisit d'abord k négocier et k menacer. Une ambassade fut envoyée à Chlotaire. On lui proposait d abandonner à l'instant tout le territoire dont il avait pris possession. S'il refusait, c'était la guerre. Chlotaire se prévalait du traité ; Théodorie, de sa violation. L'accord était difficile ; il ne se fit point.

Théodorie se préparaît à de grands efforts, et peutêtre h une grande conquête- La réunion des royaumes francs était la constante ambition de ces princes. Chlotaire d'ailleurs, fils de Frédegonde, avait peu de ménagement à attendre du petit-fils de Sigebert et de Brunehault. La fortune, en précipitant Théodebert, semblait préparer sa chule. Ces forces , redoutables quand elles étaient divisées , irrésistibles maintenant qu Viles étaient unies, l'allaient infailliblement accabler. Une prudence vulgaire eut peut-être conseillé au poi de Soissons de détourner par quelques condescendances le grave péril qui le menaçait. Une prudence plus élevée persuadait peut-être que le péril , qui ne pouvait guère que se différer, serait moins grand avant que la nouvelle domination de Théodorie se fût affermie, et pendant que le ressentiment de leur défaite récente rendait encore la fidélité des peuples d*Austrasîe incertaine.

La guerre donc étant résolue , les deux années d'Âustrasie et de Bourgogne s'assemblèrent et pénétré^

rent sur le lerriloire du roi de Boissons. Mab à peine commençaioit-elles à s^y engager, que la Providence fit intenrenir Fun de ces événemens décisifs et inattendus avec lesquels elle se plaît quelquefois à confondre les plus sages dessrâis des hommes , et à renverser, comme d'un soufiOe, la puissance des plus grands rois. Théodoric venait d^arnva* à Metz. Toutà-coup la dy ssenterie le saisit, et il mourut (1).

Ces. grandes et soudaines morts qui font tant et de si prompts changemens dans FEtat, passent rarement sans que Timagination des peuples leur cherche de mystérieuses causes. Tout dans celle-ci favorisait celte vieille et universelle inclination des esprits : rage du prince, la ville suspecte où il était attaqué , les événemens graves et prochains dont sa mort venait, avec tant d'opportunité, rompre le nœud. Aussi Topinion s'est-elle répandue et accréditée qu'il avait péri par le poison. Mais au lieu de l'attribuer on aux terreurs de Chlotaire, ou à la haine des grands d'Aus- • trasie , ou à la vengeance des serviteurs de Théode-* bert , des chroniqueurs , peu attentif aux intérêts de ce temps et aux vraisemblances , ont inconsidérément imputé ce crime à la reine (2).

Mérovée, disent-ils^n'étaitpasleseul enfant deThéo- *

(i) Frédegaire. -«Jonas. •— TKeofbrÂn» divinîtùs percussus inter flagrantis ignii incendia morUtus est. Telle est la phrase de Jonas. Et ^ Gaillard y trouve l'idée da poisoa ; Pasquier, celle d'un coup de tonnerre. L'imagination des traducteurs produit quelquefois d'étranges interprétations.

(3) Aymoin. — Adon.

Page 1