LIVRE VI
debert. Il avait d'autres Qls ; il avait aussi une fille que sa merveilleuse beauté préserva du funeste sort deses frères. Saisi à sa vue d'une passion vive et subite, Théodoric résolut, non-seulement de Tépargner, mais de répouser. Brunehault, dont ce dessein menaçait et inquiétait Tambition , fit de grands efforts pour en empêcher Paccompiissement.-Un jour qu'elle insistait avec plus de ténacité : « Braveras-tu , demanda-t-* » elle à Théodoric , les censures def Qvêques et le$ » murmures, des Francs? Ne sais-tu point de qui » elle est fille ? Mettras-tu dans ton lit ta nièce ? » — Son père était donc en effet mon frère, s'é- » cria le roi, et sa mort fut un fratricide? » Et dans la forcenée colère qui le transportait , ayant saisi son épée, il osa, ce malheureu;s prince, en menacer la tète de son aïeule. Celle-ci, irritée et épouvantée, veng^eà la menace du crime par le crime même. Son petit-fils avait voulu lui donner la mort; elle la donna à son petit-fils.
Mais ce récit ne mérite aucune créance. Aymoîn; qui en est l'inventeur, n'a pas pris g^arde que par lage où était mort le roi d'Austrasîe, sa fille, s'il en avait une, ne pouvait être encore qu'une jeune enfant inhabile à inspirer dé l'amour. 11 n'a pas fait attention que Brunehault, de qui l'esprit n'était dépourvu ni de pénétration ni de prévoyance, n'eût point choisi, pour ôter la vie à son petit-fils , le moment où il lui importait le plus qu'il la conservât ; lorsque sa puissance en Austrasîe était encore chancelante, et qu'il s'apprêtait enfin à satisfaire les vifs ressentîmens qu'elle II. S
«e HISTOIRE DES FRANCS.
gardait contre h race dô Frédegonde et de Chilpéric. Aymoin, venu tant d'années après Frédegaire^l Jortas, ne doit pas leur être préféré*
Les premiers edets d€ cet événement (brent aussi prompts que lui et non moins funeste^. A peiiië l'armée en eut-elle reçu la nouvelle, il n'y eut plus d'armée. Soit trahison ou tetl^eur^ dn se désunit à Tins* tant, on se re^ini, oii ée dispersa. Ceiii d^Aastrâsiei les premiers^ iionirent dil dàtnp, se prétendant afPran'^ chis du devoir -militaire par la moH du roi. Ceux dé Bourgogne, k leur tour, entraînés par la défection de leurs alliés, incertains du sort qu'allait avoir leur |>ays, ne sachant plus qu'entreprendre ni h quel cbnaiîiandément obéir, suivirent l'exeiîiple donné et repassèrent précipitamment leur fronlière. Brunéhault, restée seule dans la maison de Théodôrîe pour en soutenir la fortune, n'avait pas si peu d'ennemis parmi les hommes puissans des deux royaumes^ qu'il lui fut facile d'y faire reconnaître son autorité, et qu'un oirété d'elle suffît en de tels momens pour imposera l'arniée et prévenir sa dispersion. Chlotaire, doublement heufeux^ et de l'agression commencée, et. du subit abandon de ce dessein, se trouva, par un merveilleux retour de fortune, dans cette étrange et favorable sitoatîoii d'avoir la guerre sans qu'on la lui fît, d'être m armes sans qu'on y fût contre lui, de pouvoir agit en ennemi sans en craindre et sans en rencontrer de-^ Tant soi. En paix s'il Voulait, en guerre s'il le jugeait préférable, c'était peu que la mort imprévue de son rival Feût mis inopinément hors de péril, par une ad«