LIVRE VI (Ô
le moment venu, pour les aller prendre. Profitant de cette coutume, Frédegonde, quand elle ordonna le départ, ordonna aussi qu on laissât à ses chevaux leur clochette. De plus, elle fit prendre de hautes et fortes branches d'arbres à ses cavaliers , et leur enjoignit de les porter toujours droites et élevées pendant la marche. Ces dispositions faites , la cavalerie forma la première ligne , et Tinfanterie , couverte par elle , suivait. Ils approchèrent ainsi, sans que le bruit des clochettes étonnât ceux de Bourgogne et d'Austrasie ; c'étaient, croyaient-ils , leurs chevaux. Ils avancèrent sans que le bruit de Tarmée pû( être entendu ; celui des clochettes dominait. Ils arrivèrent sans avoir été découverts y protégés qu'ils étaient par cette forêt mobile qui marchait avec eux. On ose à peine rapporter de pareilles fables. Des chevaux qu'on laisse errer devant l'ennemi y des arbres qui se meuveut sans exciter de soupçons ; une forêt qui se montre subitement dans des plaines nues , sans qu'on en tire aucun avertissement ! Pardonnons à la crédulité des chroniqueurs ; ne l'imitons pas (1)..
(i) Frédegaire» écrivaio conUonporain , n« dit rien de ce merveilleux stratagème.