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Comment continuer ce rccit? Comment rapporter des fureurs tellement atroces que, les sachant vraies et certaines, on les croit encore impossibles? Chlo* (aire avait son camp àRyonne, sur la Yingeànne. Ce fut en ce lieu que Tinfâme geôlier de Brunehault la livra. Le roi , par un déplorable oubli de ce qu'il de* Tait à son rang/ ne la voulut pas seulement traiter en ei^nemi, mais en juge* S£| haine ne trouvait pas assez de satrsfaction dans la mort ; il lui fallut de Topprobre. La reine donc , après quarante*neuf ans passés sur le trône , comparut devant un roi comme uneac« cusée; et ce roi était son neveu ! Autour de lui siégeaient , pour Fassister dans cet odieux simulacre de jugement, les leudes mêmes de la Bourgogne et de TAustrasie , si coupables envers celle qu'ils allaient juger. Qui lé pourra croire? Chlotaire, sur qui ruisselait encore le sang de Corbus^eli de Sigebert , eut Tinexplicable courage de l'accuser de leur mort. Il l'accusa d'avoir fait mourir dix rois francs : Sigebert d'Austrasie, qu'avait assassiné Frédegonde ; Mérovée fils de Chilpéric, autre victime de la cruauté de Frédegonde ; Chilpéric {ui-méme , dont tant de voix attribuent là mort à Frédegonde ; Mérovée de Soissons, tué dans )a déroute d'Etampes ; Théôdebert , t ué à Cologne ; son fils Mérovée, tué par Théodoric ; Théo-
des ovnemens de la royauté, se persuadant qu il Tépouserait ainsi qu'il lui en avait donné Pespérance.
L'écrivain oublie, entre autres choses, que Chlotaire n'avait que trentecinq ans, -et que Brunehault en avait au moins soixante-treize, sinon quatre-vingts.
éorkéDfîiiy et ses fils; le premier mort sans crime, les autres dont la mort était le crime de Taccusateur.
Ils la condamnèrent ; car quel moyen de salut avait- . elle? Ghiotaire ne se fût pas cru, elle vivante, assuré de sa propre vie et de sa conquête. Les traîtres qui décidaient de soh soH ne se fussent pas estimés certaids de ne jamais porter la peine de leurs trahisons. Il fallait donc qu'elle mourût. JMais de quelle mort? Une mort {^ànglanlë maift prompte eût été de leur part une grâce; elle neTeut point. Cette mort n'eût satisfait qu'à leur sûreté, et il restait leur vengeance. Ils la lui infligèrent lente , cruelle , ignominieuse. Femme et reine , accablée par la fortune et par la vieillesse , rien ne put émouvoir en eux le plus léger sentiment de commisération et de respect. On ne lui épargna même pas la torture. Trois jours durant ils la tourmentèrent, et épuisèrent^nr elle tous les supplices dont on he meurt pas. Ensuite ils lièrent sur un chameau ce corps sanglant et brisé, et le promenant au travers du èamp^ils l'exposèrent toute'une journée à la féroce dérision des soldats. Enfin , car ce cadavre imparfait n'était pas encore délivré de la vie, ils l'attachèrent par un pied, paf un bras et par les cheveux, k la queue d'une cavale indomptée, qui, dans sa course furieuse, en eut bientôt divisé les membres, et ne laissa d'une illustre reine que d'informes et méconnaissables lambeaux.
Brunehault avait un mâle génie ; un caractère puissant et opiniâtre; un esprit ferme, réfléchi, clécisif. fille eut pour elle une excessive ambition ; une plus
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excessive encore pour Tautorité même qui était ââûs ses mains. Elle ne Youlut pas seulement régner^ tuaid qu on régnât fortement, libremenl, pleinement. Ce fut la pensée et Tœuvre de toute sa vie; ce fut sa gloire et sa chute. Elle prétendait à àffi^anchir la puis** sance ; les leudes au contraire à la subjuguer. Elle fut leur ennemie ; ils furent ses ennemis. Son génie devançait les temps. Elle eât transformé cette monaN chie des Francs , qu'elle estimait trop dépendante et trop partagée. Elle succomba ; mais dans l'extrême vieillesse^ et par un concours prodigieux d'événemens fortuits. Elle succomba; mais après trente-cinq ans de succès.
Sa mémoire, abandonnée long-temps àsesènne^ mis, ne pouvait manquer d'être maudite. Sans douté elle fut ardente dans sa haine contre Frédegonde; Mais était-elle injuste, cette haine? Faliait^il qu'une sœur pardonnât le meurtre de sa sœur ; une femme^ le meurtre de deux maris ; une mère, son fils dépouillé et captif; une reine^ sa propre prison^ Sans doute elle fut sévère, implacable peut-érre, en Austrasie. Mais sait-on bien ce qu'exigeaient les rudes et fortei mœurs de ces peuples ; l'audacieuse jalousie des leudes; les embarras d'un pouvoir toujours disputé? f{ 'avait-elle souffert que de faibles et rares injures? N'y avait-il eu ni trahisons, ni embûches, ni tentative* de meurtre, ni rébellions? Sans doute elle fut inflexible et inexorable en Bourgogne. Mais était-ce^ un crime vulgaire, et un médiocre danger^ que eeiteteti-> {reprise des leudes , refusant de combattre en pré<i
sence de Tarinçe de Théodebert, et massacrant le maire du palais dans la tente même de leur roi ? Sans doute on peut croire qu'elle ne fut pas étrangère, au moins par ses conseils , au meurtre de Théodebert et de son Gis ; et si le fait était plus certain , l'odieuse trahison de Seltz ne suffirait pas elle-même à Tabsoudre. Mais qu'elle n'ait jamais partagé les erreurs et les fureurs de son siècle , ce n'est pas ce que je prétends.
Il y aurait donc des crimes dans sa vie, des vengeances^ de périlleux desseins, une insatiable ardeur de domination ; mais en même temps de la grandeur, un haut courage, une étonnante intelligence de lart de régner. Comment la juger et la reconnaître dans le portrait qu^en ont retracé les aveugles adulateurs de Chlotaîre? Qu'il y a loin des justes reproches qu'elle a mérité^, aux infâmes accusations dont on Fa accablée après sa ruine et sa mort? Saint Gr^^ire, au* quel elle n'a survécu que huit ans, louait sa piété, sa charité, son habileté, sa sagesse. Les captifs rachetés, les hôpitaux fondés, les églises et les monastères bâtis , les châteaux qu'elle embellissait ou qu'elle élevait, les nombreuses et vastes chaussées qu'elle construisait ou rétablissait , attestent assez sa magnificence et la prévoyante libéralité de son administration. Elle imitait et rappelait les Romains.
On s'est étonné que Frédegonde , après tant d'assassinats, ait fini en paix; et que Brunehault, avec de bien moindres violences , ait eu une si lamentable fin. La cause en est dans la différence des situations